samedi 16 novembre 2013

UN PRINCIPE INAMOVIBLE ET INTEMPOREL : FAIRE SUER LE BURNOUS !






UN PRINCIPE INAMOVIBLE ET INTEMPOREL : FAIRE SUER LE BURNOUS !



par Jésus Crie


Extraits d’un article paru en 1948, signé Henry Casseville, titré « Madagascar et son avenir ».
Je le commente sur deux axes :
- L’aliénation, plus encore que par le travail, par la consommation.
- Le cynisme colonialiste, et cela a-t-il  vraiment changé.

« Le problème de la main-d’œuvre, le plus grave de tous, n’a pas encore été résolu (...). Le Malgache n’est pas travailleur, c’est un fait ; ce n’est point de sa faute si la nature est généreuse et si ses besoins sont extrêmement modestes. La civilisation occidentale ne l’a pas encore touché pour qu’il aspire à une vie confortable. »

Sa vie était certainement confortable selon ses propres critères, sinon il n’aurait pas commencé par résister aux envahisseurs venus lui apporter leur « civilisation » et des caleçons troués.

«  Et cependant le Christ enseigna que l’homme doit gagner son pain à la sueur de son front ».

C’est pas le Christ qui a dit ça, mais la Bible. Mauvais chrétien, le Riton ! 

«  ...et plus d’un million de Malgaches sont chrétiens ! »

Preuve que tes missionnaires ont mal fait le job. Dame, quand on doit engrosser les grandes et sauter les petites, on peut pas tout faire.

(Puis il dit que la main-d’œuvre manque)
« C’est chose explicable, si l’on sait que chez les Bezanozano, tribu de la région de Moramanga, l’homme travaille en moyenne quatre heures par jour et trois jours par semaine. Les Bezanozano sont d’ailleurs nos adversaires les plus rebelles (...). »

Tu m’étonnes ! Ils vivaient bien et tu voulais les obliger à suer pour toi et tes profits en leur donnant de l’argent pour acheter ta quincaille ! Hélas, toi et tes potes ont été les plus forts...

« Cela prouve que la liberté du travail minimum est peut-être l’objectif le plus important des primitifs. »

Ah, au moins un truc que tu as compris d’eux. Mais la liberté c’est pour toi, pas pour les « indigènes », hein !

« Ainsi toutes les possibilités énormes de Madagascar seraient réduites à néant si le problème de la main d’œuvre n’était résolu. Il faut revenir en arrière, atténuer les conséquences inévitables de la suppression de l’indigénat (voir wiki), inculquer à l’indigène la notion de travail nécessaire et pour cela accroître ses besoins en lui donnait les moyens d’utiliser un argent qu’il méprise car il ne peut l’employer. »

Nous y voilà ! Accroître des besoins alors qu’on n’en a pas (en tout cas, les tiens), c’est ajouter à l’aliénation du travail celle de la consommation. Visionnaire, ton truc : nous en sommes là, à bosser et bosser (enfin, ceux qui ont du taf) pour pouvoir changer de télé, d’ifaune, de 4x4 et partir en vacances au Club Merde de Nossi-Bé, Madagascar !

(Et la conclusion, sublime)
« Madagascar reste un atout de premier ordre. La métropole ne peut la laisser à l’état de domaine en friche. Son prestige est en cause. Son intérêt aussi. »

L’est pas à la fin par hasard, ce mot ! Ce pays, pour toi, n’était qu’un « intérêt » à prendre et tu ne lui as donné que des miettes et, la suite l’a prouvé, la misère matérielle et humaine !

Et, pour une foule de pays d’Afrique, cela a-t-il vraiment changé ?

LE PRIX DE NOTRE LIBERTÉ



LE PRIX DE NOTRE LIBERTÉ


par Vivre est un village




Démocratie,  M art'IN. Quand toute la création reprend vie pour répondre à son juge, Poésie de Wilfred Owen dont Benjamin Britten a fait usage pour composer le Dies irae de son War requiem http://www.youtube.com/watch?v=ETocdXjv1HU




Nous sommes faits de Liens© M art'IN

L'Autre société, les liens qui libèrent

Source : Jacques Généreux, L'autre sociétéÉditions Points ISBN 978.2.7578.2066.7 Février2011


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Page 82
On trouvera la première confirmation de cette thèse dans la façon dont l'enfant développe ou non ses capacités à être lui-même, à s'aventurer loin de sa mère, à explorer le monde. Cette question est l'un des principaux objets des théories de l'attachement et de leurs nombreuses confirmations empiriques développées à partir des travaux du psychiatre anglais John Bowlby et de la psychologue américaine Mary Ainsworth (1).

Page 83
L'attachement premier est le lien affectif intense que noue le jeune enfant  avec sa mère ou, à défaut, avec la personne qui s'occupe de lui. La relation avec la figure d'attachement constitue pour l'enfant la "base de sécurité" à  partir de laquelle il peut s'aventurer à découvrir le reste du monde. Si la figure d'attachement est suffisamment disponible, réceptive et si elle réagit de façon appropriée aux signaux émis par l'enfant, celui-ci développe ce que l'on appelle un "attachement sécurisant" : en cas de stress, il cherche refuge et se trouve rapidement apaisé auprès de la figure d'attachement ; il n'hésite pas à s'en détacher pour faire autre chose quand il se sent bien. Mais environ un tiers des enfants manifestent un "attachement insécurisant" : ils ne sont pas apaisés par la présence de la figure d'attachement, même s'ils peuvent être angoissés par son absence.
La qualité de l'attachement a des effets à long terme amplement documentés. "Des douzaines d'études ont établi que, (...), les nourrissons classés comme ayant un attachement sécurisant deviennent des enfants plus sociables, (...), moins agressifs et moins turbulents, plus enclins à l'empathie, (...) réclamant moins d'attention de la part de leurs enseignants et se montrant moins dépendant d'eux » (2).

Page 84
La liberté réelle de l'enfant - c'est à dire l'étendue des capacités qui lui sont offertes, l'accès à une relative autonomie, la possibilité de développer des amitiés nouvelles - n'est donc pas le résultat inné d'une nature autonome, mais celui d'un lien intense établi avec une figure d'attachement. L'opposition simpliste entre l'indépendance et la dépendance n'a donc guère de sens. La sécurité psychique de l'enfant est totalement dépendante de sa figure d'attachement. Et c'est en même temps cette dépendance qui lui donne l'indépendance nécessaire pour tourner son regard et sa vie vers d'autres figures. De même, il nous faut rejeter l'opposition entre quête de la sécurité et prise de risque, entre recherche de la tranquillité et goût de l'initiative. L'enfant qui prend des initiatives, qui se risque le plus à explorer le monde, ne se moque pas de la sécurité : il a la sécurité absolue que lui procure la certitude du lien avec sa figure d'attachement. Privez-le de sa base de sécurité et il ne prendra aucun risque, à moins qu'il ne se mette en danger pour attirer l'attention de la figure d'attachement défaillante et pour manifester paradoxalement son besoin de sécurité. On saisit, au passage, le contresens des politiques de l'emploi qui tendent à réduire les protections juridiques des salariés et des chômeurs pour les inciter à assumer des risques (la mobilité, la flexibilité, etc.). On y reviendra plus loin, mais soulignons dès à présent ce que nous enseignent la psychologie et la biologie de l'attachement. Faire peur à quelqu'un ne le rend jamais moins peureux. En revanche, lui garantir qu'en cas d'échec, d'erreur, de malchance, un autre est toujours là pour lui garantir une place parmi le siens et les moyens de repartir à l'assaut du monde, voilà le meilleur moyen de stimuler son sens de l'initiative et sa capacité à assumer les risques.

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C'est la solidité du lien social qui libère l'individu, c'est la sécurité que ce lien procure qui stimule la quête d'autonomie, le sens de l'initiative et l'envie de se risquer dans l'inconnu. A condition, toutefois, que le lien soit comme un fil d'Ariane infini qui permet de toujours retrouver son chemin, mais n'impose aucune limite au voyage. Si le lien est trop court, à peine plus long que le cordon ombilical, c'est une chaîne de prison, pas une corde de vie. Une mère qui ne supporte pas l'éloignement de son enfant ne va pas lui offrir un attachement sécurisant, mais un attachement étouffant qui limitera sa capacité à découvrir le monde et à nouer des liens avec les autres. Notre espace de liberté ne se construit donc ni dans la fusion ni dans la séparation, mais dans la relation maintenue qui permet un aller-retour permanent entre le havre de sécurité, où nous amarre le lien, et le reste du monde, où nous porte le besoin de grandir.
La biologie de l'attachement donne la clé de cet équilibre nécessaire à l'enfant. Dans la gestion de tout besoin, notre organisme sécrète des substances d'alerte (source de déplaisir) en cas de manque ou de stress, et une décharge de substances de récompense (source de plaisir) au moment de la satisfaction. Si l'organisme reste en état de manque ou de stress permanent, il sera intoxiqué par des substances dont l'action n'est saine qu'à condition d'être éphémère. Mais l'organisme encourt tout autant l'overdose quand la satisfaction du besoin n'est pas assez rapidement interrompue ; le plaisir fait alors rapidement place au dégoût, à la douleur et, dans les cas extrêmes, à la mort. Il en va de même dans la gestion du stress et des bienfaits liés à la séparation ou aux retrouvailles avec la figure d'attachement. "Les dosages neurobiologiques révèlent que le simple fait de retrouvailles entraîne, chez un enfant auparavant isolé, une décharge d’opioïdes dont les circuits limbiques et la face inférieure du lobe frontal sont les récepteurs privilégiés. Une présence affective constante non seulement supprime le plaisir des retrouvailles, mais comme pour l'eau à satiété, finit par provoquer un dégoût  (3).

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Dans la relation qui contente sans intoxiquer, tout est donc une question de dosage. Un fil d’Ariane infini, disais-je en sorte que la sûreté du lien ne soit pas une entrave à l’exploration du monde. L'image ne vaut en vérité que pour les tout débuts de l'existence, au moment où la relation à une figure d'attachement singulière est primordiale. Assez vite, l'être humain remplace ce fil d’Ariane par un filet, c'est-à-dire un réseau de liens divers tissés avec le père, les grands-parents, les oncles et les tantes, les frères et sœurs, les éducateurs, les voisins, les commerçants du quartier, les camarades d'école et, plus tard, ses propres enfants, les collègues de travail, les relations professionnelles, etc. Or, comme chacun sait, on avance plus aisément sur un filet que sur un fil, et un filet est toujours plus solide et fiable qu'un seul fil. Certes, au fur et à mesure que se multiplient nos relations, nombre d'entre elles sont ténues et sporadiques ; on peut donc assez rarement compter sur une seule d'entre elles ou sur quelques-unes pour nous tirer d'un mauvais pas ou d'une détresse psychique ; notre filet social est tissé de liens faibles. Mais, pour reprendre le titre d'un article célèbre du sociologue Mark Granovetter, c'est leur nombre, leur diversité et le réseau dense qu'ils constituent qui fait "la force des liens faibles" (4).

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Quelques fils trop minces peuvent bien lâcher, le filet tient. La solidité psychique d'un être dont l'identité, l'estime de soi, le sentiment d'exister, etc., sont soutenues par la reconnaissance d'une multitude d'autres regards, renforce sa capacité à affronter les difficultés de l'existence. Mais, tout le monde le sait, le premier bénéfice d'un vaste tissu social est qu'il nous permet de concilier notre besoin d'attachement, de reconnaissance, d'attention et notre besoin de liberté. Une question de dosage, là encore. Il nous faut des liens forts pérennisant ou reconstruisant un attachement sécurisant. Il nous faut aussi des liens faibles multipliant à petite dose les bienfaits du lien dans l'engagement et la disponibilité qu'exigent les liens forts. La biologie nous aide ici à saisir l'intérêt de la multiplication des liens faibles. Le plaisir chimique des retrouvailles se transforme vite en intoxication chimique de la présence permanente. C'est la solitude qui nous procure le désir de la compagnie ; c'est le contentement qui éteint le désir et nous pousse à désirer autre chose, à raviver le manque, et ainsi de suite. C'est donc l'alternance de séparation et de retrouvaille, de manque et de satisfaction du besoin, qui est bienfaitrice. Si nous avons pu faire l'apprentissage harmonieux de ce bienfait, il est probable que nous chercherons à en multiplier les occasions. Mais on ne peut pas multiplier les liens forts d'attachement ; on ne peut pas davantage passer ses journées, comme un bébé, à s'éloigner de sa figure d'attachement puis à revenir vers elle. En revanche, la répétition et le renouvellement des liens faibles reproduisent ce tango incessant de l'isolement et de la compagnie.

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Ce que ne nous dit pas forcément la biologie, mais que nous indiquent à coup sûr la sociologie, la psychologie et avant tout l'expérience universelle, c'est que nous échappons au risque d'étouffement dans les liens trop étroits, non pas en brisant ceux-ci, mais en nouant davantage de liens avec d'autres personnes : ce sont les autres qui nous donnent la liberté. La capacité à construire un filet social est l'une des premières manifestations d'un attachement sécurisant initial qui a permis l'apprentissage de la liberté. Mais ce filet social pourra aussi bien être le substitut réparateur d'un attachement primitif insécurisant ; la plupart des enfants initialement privés de leur base de sécurité feront néanmoins l'apprentissage des liens qui sécurisent et qui libèrent, grâce au réseau de relations tissé avec d'autres enfants et d'autres adultes. Pour eux aussi, la liberté n'est pas d'abord une conquête de l'individu, c'est un don d'autrui.


(1) John Bowlby, Attachment and loss, New York, Basic Books, 3 vol., 1969, 1973, 1980. Mary D.S. Ainsworth, "Attachment and dependency : a comparison" in Jacob L. Gewirtz (éd.), Attachment and Dependency, Washington, DC, V.H. Winston, p.97-138.

(2) Les âges de la vie, Boris Cyrulnick, op.cit., p.111.

(3) De chair et d'âme de Boris Cyrulnick, op.cit., p.58

(4) Mark Granovetter, Sociologie économique, Seuil, 2008. L'emprunt se limite ici à l'expression qui vise un objet différent. Granovetter parle de l'efficacité économique et sociale des relations ténues mais nombreuses ; je m'intéresse ici à une efficacité ontogénétique et psychique des liens multiples, i.e. leur contribution à la constitution de l'être et à l'équilibre psychologique de celui-ci.



samedi 26 octobre 2013

SI ÇA CONTINUE, IL FAUDRA FINIR LE TRAVAIL COMMENCÉ PAR ADOLF !







SI ÇA CONTINUE, IL FAUDRA FINIR LE TRAVAIL COMMENCÉ PAR ADOLF !

Jésus Crie

Dans L’homme qui rit, Victor Hugo a donné corps au mythe des comprachicos. Ces horribles nomades espagnols qui défiguraient des enfants pour en faire des bêtes de cirque. Beau livre... mais cette histoire de comprachicos est un mythe, de la sale couleur de celui qui disait les Juifs amateurs de sang d’enfants chrétiens.

Ce mythe est en train de revivre avec l’affaire de la petite fille blonde trouvée en Grèce dans une famille rrom. On a tout de suite imaginé une petite aryenne volée. La vérité est peut-être plus prosaïque (et plus belle, mais moins faite pour plaire aux fdesouches). Cette enfant est une Rrom bulgare, et sa mère l’aurait abandonnée parce qu’elle n’avait plus d’argent. On serait donc, si ça se trouve, devant un cas d’abandon suivi d’adoption réalisé en dehors des normes. Devant une forme de solidarité communautaire. Et rien de plus qui soit prouvé, pour l’instant, et l’enquête n’a pas cherché à voir une seconde si cette petite fille était heureuse avec ses parents adoptifs. Sur la photo diffusée dans x médias, elle est sale et triste : tu parles, la photo a été prise par la police, vous savez, cette police gangrénée par Aube Dorée !

Mon père m’a raconté comment un jour il avait vu, au bout d’un champ, le chômeur-alcoolo du pays se rouler dans l’herbe avec sa ribambelle, dépenaillée mais hilare. Il avait commenté ainsi : tu vois, il y a des gosses de médecin qu’ont n’ont pas le dixième de cette affection !

On en est juste à les accuser sans preuves de l’avoir fait danser pour gagner des sous. C’est pas comme si on l’avait inscrite à un concours de mini-miss, hein ? En tout cas, maintenant elle est dans un orphelinat : ouais...

Une affaire similaire a été signalée en Irlande, il y a deux jours. Une petite fille blonde a été enlevée d'un camp de Rroms par la police sous prétexte qu'elle ne ressemblait pas à ses parents supposés, explique CNN. Mais contrairement au cas de « l’ange blond », le test ADN a révélé que les adultes étaient bel et bien les parents de la fillette. Ils cherchent quelle suite donner à cet événement, qui a beaucoup inquiété la petite fille. Imaginez une seconde qu’on ait enlevé Baby George à Kate et William, les excuses qu’ils auraient reçues. Ah l’Irlande, ses orphelinats catholiques, ses magdalenes *...

(Certaines informations pour écrire cet article ont été trouvées sur un média suisse. La Suisse a pratiqué dans les années 30 l’enlèvement en  masse d’enfants rroms pour les confier à des orphelinats et des familles bien sous tous rapports. A stérilisé des femmes rroms jusqu’en 1972. No comment.)


Edit : on a retrouvé les vrais parents de l’enfant, qui sera confiée à une famille bulgare. Heureusement qu’elle est blonde, comme ça on ne verra pas qu’elle est rrom.  Les faux parents sont inculpés d’enlèvement, internés en attente d’un jugement (leurs douze enfants, on n’en parle pas). C’est sûr que la justice grecque a plus urgent à faire que de traquer les milliards envolés dans l’évasion fiscale. Au moins pourra-t-on continuer à stigmatiser les Rroms, devenus les ennemis n°1 du bonheur de la douce Europe.

mardi 22 octobre 2013

Les marchés sont malades: c'est un banquier qui le dit !






Le fonctionnement des marchés est faussé, ils sont malades: c'est un banquier qui le dit

Monica

Jean-Michel Naulot, banquier, membre du collège de l'Autorité des marchés financiers de 2003 à 2013, a été interviewé par Le Point (1). Il dénonce ce que la gauche s'échine à crier depuis des lustres contre le capitalisme financier. Je résume ses propos, et en souligne certains en rouge.

La banque d'affaires JP Morgan vient d'être condamnée à 13 milliards de dollars d'amende pour son rôle dans la crise des subprimes. Les autorités seraient-elles enfin sévères envers le monde de la finance?
C'est l'ensemble du système, et non pas quelques individus, ou même quelques acteurs financiers, qui est le responsable de la crise. C'est le système lui-même qui conduit à des crises majeures, compte tenu de la financiarisation de l'économie, de l'injection formidable de liquidités par les banques centrales, de l'innovation financière, de l'absence de règle. C'est donc très bien de sanctionner ceux qui ont fauté plus que d'autres, mais ça ne règle absolument pas le problème. 

À la lecture de votre livre (2), rien ne semble avoir été fait depuis l'éclatement de la crise, malgré le G20 de Londres, en 2009, qui s'était fixé un agenda ambitieux de régulation de la finance.
Certaines choses ont été faites. On a fait un quart de la feuille de route arrêtée en avril 2009 aux USA et un tiers en Europe. C'est très insuffisant. L'acquis le plus important en Europe est le renforcement de la solidité financière des banques. Mais il ne s'agit que d'une simple remise à niveau. On avait terriblement affaibli les règles appliquées aux banques avec la réforme dite de Bâle II en 2004. Même dans ce domaine, seule une partie du chemin a été faite. On ne leur a pas interdit les activités spéculatives. On ne l'a pas fait en France avec la loi bancaire de 2013. Il y a très peu de choses dans cette réforme adoptée par le Parlement français. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi la France, mais aussi l'Angleterre et l'Allemagne ont légiféré sans attendre la législation européenne au mois de novembre. On verra bien si elle préconise non pas d'interdire les activités spéculatives, mais de les cantonner dans des filiales
 
Dans votre livre, vous décrivez comment les règles prudentielles des banques ont été modifiées.
La réforme de Bâle consiste à augmenter la solidité financière des banques en augmentant le rapport entre leurs fonds propres et les risques qu'elles prennent dans leurs activités, par exemple quand elles accordent un crédit. Le problème dans la réforme de Bâle II appliquée depuis 2006 en Europe, c'est qu'elle institue la pondération des risques. J'appelle cela la boîte noire. Cette pondération des risques signifie que lorsque vous faites un crédit de 100 millions d'euros à une multinationale très bien notée, vous allez inscrire dans votre registre réglementaire 12, 15, ou 20 millions au lieu de 100. Lorsque vous accordez le même crédit à une entreprise un tout petit peu moins bien notée, vous allez inscrite 50 ou 60.  Cette réforme favorise non seulement les entreprises les mieux notées, mais aussi les hedge funds, les négociants de matières premières... Parce qu'un hedge fund proposera toujours des garanties. Sauf qu'il les aura empruntées sur le marché ! Je pense donc qu'il faut revenir à un système standard dans lequel il y a certes des écarts en fonction d'un historique de pertes, mais beaucoup moins discriminant en faveur des entreprises les mieux notées. C'est toute l'allocation des ressources financières qui est en jeu.


Dans ces conditions, comment croire à la crédibilité des nouveaux stress-tests européens en préparation qui doivent être pour la première fois conduits sous l'égide de la Banque centrale européenne elle-même ?
En tant que régulateur, on est tenté d'y croire, car sinon, ce serait bien entendu très inquiétant. Cela dit, depuis trois ans, la BCE pousse les banques italiennes, espagnoles et un peu françaises à racheter la dette publique de leur propre État du fait même des injections répétées de liquidités. Aujourd'hui, les chiffres disponibles montrent que la dette souveraine espagnole détenue par les banques espagnoles et la dette italienne détenue par les banques italiennes représentent 20 % du PIB. En France, on est autour de 8 % alors qu'aux États-Unis on est autour de 2 %... On fait exactement l'inverse de l'objectif recherché dans l'Union bancaire qui doit couper le lien entre les banques et les États, et on le fait pour sauver la monnaie unique. Tant qu'on est dans une bulle obligataire, c'est-à-dire que les taux restent très bas sur les dettes souveraines, tout cela marche très bien. Monsieur Draghi peut donc se féliciter d'avoir sauvé l'euro en utilisant les banques pour faire baisser les taux d'intérêt des pays du Sud. Tant qu'on est dans une bulle obligataire...
 
Comment expliquer la timidité des politiques, notamment en France, alors que François Hollande avait érigé la "finance sans visage" en ennemi pendant sa campagne ?
Cela devient inacceptable pour la démocratie. On ne peut pas prendre des engagements aussi importants et ensuite les oublier. Je parle pour l'ensemble des dirigeants du G20. À mon sens, les politiques sont totalement paralysés par ce qu'on appelle la dictature des marchés : à partir du moment où on prend une décision qui ne plaît pas au marché, les capitaux naturellement s'en vont. Mais je compare ces excès de la financiarisation à une grande centrale nucléaire qui brasse des masses de capitaux gigantesques. On peut la neutraliser par un travail méthodique en prenant sur chacun des douze chantiers deux ou trois mesures qui ont été identifiées à l'issue du G20 de Londres. Il ne s'agit pas de provoquer les marchés de face, parce qu'on serait incontestablement perdant. Mais on peut réduire la dangerosité de la centrale nucléaire. Cela implique de renoncer, dans certains cas, à la compétitivité de sa place financière. On voit bien que les intérêts de la City anglaise sont très souvent soutenus par le gouvernement, car cela représente de nombreux emplois. La compétitivité des places financières pousse les gouvernements à négliger le risque systémique, c'est-à-dire de faillite en chaîne des acteurs et donc du système financier comme on l'a vécu en 2008. À l'époque, on a pu utiliser la politique budgétaire et monétaire pour essayer de restaurer la confiance. Mais on ne pourra plus le faire lors de la prochaine crise.
 
Vous expliquez que le lobby financier utilise régulièrement l'argument de la "liquidité"... Pourquoi pensez-vous qu'il n'est pas justifié ?
C'est vraiment l'argument passe-partout parce qu'il marche assez bien auprès des autorités politiques qui connaissent d'assez loin la réalité des marchés. À chaque projet de réforme de régulation, les acteurs alertent sur le fait que cela va réduire la liquidité, qui n'est rien d'autre que la facilitation du fonctionnement des marchés, en s'assurant que chaque acheteur ou vendeur puisse trouver une contrepartie. Ainsi, en 1992, le marché des matières premières était interdit aux financiers suite à la crise des années 30. Goldman Sachs est allé voir les autorités réglementaires américaines pour leur demander d'autoriser les banques à intervenir de nouveau sur ce marché, ce qui devait être bénéfique aux industriels. Résultat, le marché est entre les mains des financiers : la Cnuced a souligné dans un rapport que les intervenants étaient à 85 % des financiers !

Quels sont pour vous les principaux foyers de risques aujourd'hui sur les marchés?
1) D'abord la grande bulle spéculative, c'est-à-dire cette masse de capitaux qui se promène. Il faut savoir que les liquidités ont été multipliées par sept depuis quinze ans aux États-Unis, mais il y a eu une accélération très forte avec la politique monétaire non conventionnelle à partir de 2008. À l'époque, nous avions déjà une abondance de liquidité et pourtant, le lendemain de la faillite de Lehman Brothers, on s'est retrouvé en crise de liquidité. Cela se produit quand la confiance disparaît. Or, paradoxalement, plus il y a de liquidité dans le système et plus la confiance est fragile. Demain, s'il y a un problème, la confiance disparaîtra du jour au lendemain. La crise sera d'autant plus violente que les capitaux sont abondants. Le risque vient notamment de la finance de l'ombre, un pan entier de la finance non soumise aux règles comme les acteurs traditionnels de la finance, qui représente tout de même entre un quart et la moitié de la finance mondiale.

2) Le second foyer de risque, c'est l'innovation financière qui a continué à se développer depuis 2008. Prenez le trading à haute fréquence opéré par des machines à partir d'algorithmes. Il n'existait pratiquement pas avant la crise. Aujourd'hui, c'est la moitié des transactions. Il y a eu des incidents répétés avec des ordinateurs qui s'emballent pendant plusieurs heures et que l'on ne peut pas arrêter, ce qui inquiète les acteurs de marché eux-mêmes.

3) Le troisième problème, c'est que les règles sont très insuffisantes, notamment pour l'encadrement des fonds spéculatifs. Les gouvernements ont renoncé à plafonner leur effet de levier, c'est-à-dire le ratio entre les actifs détenus par les fonds et l'argent qui leur est confié. Si on ne plafonne pas, ils peuvent investir 10 fois, 20 fois, 30 fois les fonds qui leur sont confiés. En Europe, on a renoncé à leur imposer des contrôles à tout moment. C'était inscrit dans la législation en préparation. Jean-Paul Gauzès, le rapporteur, très partisan de la mesure, raconte avoir eu 200 rendez-vous avec des lobbies ! Pire, les gérants sont à Londres, mais les fonds eux-mêmes sont dans les paradis fiscaux. Monsieur Cameron fait mine de ne pas être content des juridictions à palmiers alors qu'il suffirait d'interdire la domiciliation de ces hedge funds dans les paradis fiscaux de la couronne britannique pour que tout de suite il engage une discussion plus équilibrée avec eux. 

Croyez-vous à la lutte contre les paradis fiscaux, justement ?
On s'attaque surtout à la fraude, alors que 90 % du problème vient d'un système parfaitement légal. Le meilleur moyen de remédier au problème des paradis fiscaux, c'est tout simplement de les interdire ! Mais ce serait donner un petit coup de canif dans la libre circulation des capitaux. Et les Américains et les Britanniques ne veulent pas en entendre parler parce que les cours s'effondreraient à Wall Street et à Londres avec la baisse du profit des entreprises... 

À vous suivre, on en vient à remettre en cause l'utilité des marchés financiers... Est-ce que la Bourse a encore un sens ?
J'y crois tout à fait, car il faut bien prendre l'argent là où il est. Les banques utilisent les dépôts à court terme pour prêter à moyen et long terme. C'est ce qu'on appelle la transformation. C'est leur rôle irremplaçable, mais cela ne suffit pas. Il faut aller chercher de l'argent sur les marchés. Leur apport est donc absolument capital. Mais les marchés ont perdu leur capacité à dégager des prix qui correspondent à la réalité. On le voit bien sur le marché obligataire où ce sont les banques centrales qui faussent les prix. Les marchés ont aussi totalement perdu leur capacité d'anticipation : en 2007, dans les semaines qui ont précédé la crise, l'indice qui mesure la volatilité était à son plus bas historique. Le fonctionnement des marchés est faussé, ils sont malades.


(2) Crise financière, Pourquoi les gouvernements ne font rien, Seuil 19 euros

lundi 7 octobre 2013

LA PAILLE ET LA POUTRE



Dr Paille, Pr Poutre (Georges Rouault, 1938)


LA PAILLE ET LA POUTRE
par Jésus Crie


On reproche aux nomades de piller les jardins, les poulaillers, les maisons etc.

Et c’est mal, personne ne dira le contraire.

M’enfin, ils ne font qu’imiter, à une échelle somme toute réduite, les multinationales qui s’abattent sur un terroir de préférence pauvre pour en capter les ressources et jusqu’aux terres à leur principal profit, ne laissant que des miettes aux spoliés et des pots-de-vin à leurs complices du cru. Par exemple ici :

http://ccfd-terresolidaire.org/mob/agir/campagnes/usine-michelin-en-inde/signez-la-petition-la

Là, avez-vous entendu nos hommes politiques et nos éditocrates fustiger Bibendum ?

Ce reproche, à qui Manuel Sarkozy vient de donner un sacré coup de boost, euh, pouce, me rappelle ce qui est arrivé à l’âne coupable d’avoir tondu le pré de moines d’un coup de langue. Pendant ce temps-là, on n’ose approfondir du Tigre, de l’Ours et des autres puissances les moins pardonnables offenses…

Dans le genre tigre, le Qatar c’est un bon. Qui se fait dérouler le tapis rouge par le MEDEF et la Hollandie (notre nouveau couple). Qui achète tout en France, dont les crayons de Plantu et le clavier de Pascal Boniface, qui essaie de nous faire croire que grâce au foot ce pays va un peu moins faire crever de Népalais.

Et là, pas de Nicolas Valls.

dimanche 15 septembre 2013

APRÈS NOUS, LE DÉLUGE !




Paul Klee, Les bateaux dans le déluge (1937)



APRÈS NOUS, LE DÉLUGE !


Par Jésus Crie



Oracle de Jeanmarcounet : « la croissance repart ! ». Et maintenant « priorité à l’emploi ! ».

Ce qu’il oublie de dire, c’est de quel emploi il s’agit. Car avec son ANI il a bien aidé le Medef à imposer l’idée qu’un bon emploi c’est un truc payé le moins possible, protégé le moins possible. Dérégulons tout ce qui pouvait sécuriser le travailleur : aucun parachute pour lui, des indemnités chômage réduites en durée et montant pour l’obliger à accepter un travail qui ne corresponde plus ni à sa qualification ni surtout à ses besoins, un départ en retraite à un âge où l’usure l’emportera sur l’énergie. 

De plus en plus de suicides au travail ? Pas grave, on n’a jamais vu un homme politique se suicider parce que son job d’élu était devenu inhumain. Bon, Guaino va peut-être le faire, il se plaint de ne pas être assez payé. Vas-y Riton. 

Des services publics sinistrés ? Pas grave, comme leurs potes de droite ils ont accès aux cliniques privées, aux écoles privées et à de la protection policière.

Jamais ce parti n’a effectué autant de renoncements, une fois arrivé au pouvoir. Le seul point auquel il n’a pas renoncé est la chasse aux pauvres : Rroms, immigrés, précaires en tous genres. Son action va conduire ses électeurs à l’abandonner ? Pas grave, ses huiles feront comme Schroeder, Blair and co : partir faire péter la thune dans le privé en abandonnant le menu fretin des militants et des élus de base (bien fait pour eux, ce n’était pas faute de les avoir prévenus).

mercredi 28 août 2013

MALBROUGH S'EN VA-T-EN GUERRE








Malbrough  s'en va-t-en guerre

par Monica


En lisant les Unes de journaux ce matin, j'ai eu des sursauts indignés devant les photos des gouvernants occidentaux s'apprêtant à partir en guerre.

Hollande, l'air sévère, était entouré de quatre ministres, l'air tout aussi grave. Obama, la mine renfrognée, allait prendre sa décision. Tous ces hommes, pénétrés de leur importance,  se sont donné  une haute mission: ils vont gendarmer dans une partie du monde, utiliser leurs canons, porte-avions, missiles... bref, tous leurs attributs phalliques de Thanatos pour punir Damas. 

De quel droit font-ils cela?
Ils savent de source (presque) sûre, nous disent les journaux, que le pouvoir de Damas aurait utilisé le 21 août des gaz toxiques contre des Syriens.

Or que sait-on de sûr pour le moment?
Que des Syriens sont effectivement morts sous l'effet de gaz toxiques.
Mais qui  a répandu ces gaz?
Est-ce le pouvoir de Damas, dans la ligne de mire des Occidentaux depuis longtemps, qui se serait livré à cet acte barbare et stupide?
Sont-ce certains groupes des "Rebelles", dont les accointances avec les islamistes et Al Qaida semblent attestées, qui auraient massacré des citoyens pour précipiter la décision d'intervention des Occidentaux?

Le scénario du film est si connu qu'on frémit d'horreur et d'incrédulité.
Car nous avons là tous les ingrédients d'un ignoble remake.
Sous un prétexte similaire,  "La Coalition" avait décidé d'intervenir en Irak pour dégommer Saddam Hussein...
... Avec le bonheur qui en a résulté pour les Irakiens, aujourd'hui abandonnés à leur sort misérable, leur pays ravagé par des guerres fratricides et des actes terroristes. Mais certains s'en sont mis plein les poches au passage.

Tout cela est connu, prouvé.
Cela n'empêche pas le film de recommencer. Avec les deux camps de la guerre froide se regardant en chiens de faïence.
Car Moscou s'indigne, tempête et menace, défendant Assad.

Le monde pour ces hommes est un échiquier, sur lequel ils disposent leurs petits soldats qu'ils envoient se faire massacrer en leur nom et au nom des citoyens.

Nous savons depuis longtemps que ceux qui nous dirigent sont incompétents,  obéissent à des oligarchies puissantes dont ils sont des marionnettes. Mais ils ont la jouissance d'exercer le pouvoir prétendument en notre nom. Même si nous disons non.

Ils mènent le monde à sa perte...
... Ce monde  déséquilibré depuis tant de siècles par une logique phallocentrée et phallomorphique mortifère, faute d'avoir su tenir compte de la complexité des humains, en articulant sans jamais les dissocier  féminin et masculin, passif et actif, amour et haine, éros et thanatos.

Ce binaire nous assassine.
Comment le combattre?
____

Mise à jour du 10 septembre

Ces messieurs ont relevé le menton, énoncé des menaces, joué au poker menteur et au billard...

Pendant ce temps, des Syriens fuient leur pays, et le nôtre affronte des problèmes multiples transitoirement écartés grâce au spectacle offert par les Grands de ce Monde...