samedi 29 janvier 2011

Devoir de Lumière, Leçons de Ténèbres


Devoir de Lumière, Leçons de Ténèbres


Dans ce Fil, nous pourrons regrouper toutes les inquiétudes, les colères, les révoltes, les indignations... et aussi toutes les résistances et propositions de combat contre le pouvoir politique qui nous asphyxie chaque jour un peu plus.

Leçons de Ténèbres. Ce titre d'une photo de Virgil Brill rend compte d'un espoir: que des chaos actuels, de leur confusion et de leur désespérante pénombre, émergent des formes de plus en plus nettes, balises dans notre horizon. Souvent, se pencher sans concession sur le côté obscur des forces permet, à l'échelle individuelle et à l'échelle collective, de tirer des leçons fort utiles.

Devoir de Lumière. La lumière du jour qui point, de la liseuse qui éclaire le livre, de l'espoir qui solarise la photo... Lumières de la pensée, pensée des Lumières, qui éloignent les archaïsmes.

mardi 25 janvier 2011

Hôpital, santé ...



Hôpital, Santé, maladie

par Monica



Ce Fil se propose de collecter les informations à propos de notre système de santé, en grande souffrance.

1) Cent vingt médecins "solidaires" ont lancé un manifeste pour dénoncer "les consignes de restriction" de l'accès aux soins remboursés et "la privatisation" de la Sécurité sociale, mardi 18 janvier à l'Assemblée nationale.

Le mouvement a pour origine le soutien à un praticien "désobéissant", le docteur Didier Poupardin, de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, qui est en conflit judiciaire depuis plusieurs mois avec l'assurance maladie de ce département, parce qu'il fait bénéficier systématiquement ses patients en longue maladie de remboursements à 100%.

Au cours d'une conférence de presse, en présence de députés ou représentants de partis politiques de gauche et de syndicats, le Dr Poupardin a dénoncé le "matraquage idéologique" sur la maîtrise des dépenses de santé et la responsabilisation des patients pour limiter le déficit de la Sécurité sociale qui, affirme-t-il, est en premier lieu un "déficit de ressources".

Le Dr Didier Menard, vice-président du Syndicat de la médecine générale (SMG), praticien à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), a déclaré que la poursuite en justice du Dr Poupardin "a réveillé la conscience de beaucoup de médecins". Il a expliqué que le sens du manifeste était d'organiser une "indignation active mais collective" parmi le plus grand nombre possible de médecins.

Selon lui, il faut "sortir du bricolage (...) pour aider les patients à avoir un meilleur accès aux soins et le faire de façon plus politique et poser cette question sur la place publique". "Nous sommes dans un système qui exclut de plus en plus les couches populaires", a-t-il affirmé.

Selon le manifeste, la fondation de la Sécurité sociale, contenue dans le programme du Conseil national de la résistance, "reposait sur un principe majeur de solidarité et d'équité : chacun cotise selon ses moyens et chacun reçoit selon ses besoins". Mais "ce principe recule et tend à s'inverser : chacun doit payer selon ses besoins (si vous êtes très malade vous devez payer beaucoup) et chacun reçoit selon ses moyens (si vous êtes très riche, vous êtes bien soigné)". Les médecins seront invités à signer le manifeste sous la phrase suivante : "Nous déclarons vouloir résister aux consignes de restriction de l'accessibilité aux soins".


2) Une pétition pour défendre l'hôpital public en danger


Le texte de la pétition

L’HÔPITAL PUBLIC EST VOTRE HÔPITAL
DÉFENDEZ-LE AVEC NOUS !

- Défendez-le parce qu’il assure des soins de qualité pour tous quels que soient les moyens de chacun. 



- Défendez-le parce que c’est là que se font les grandes recherches d’aujourd’hui qui permettront les progrès de demain. 



- Défendez-le parce que c’est lui qui assure 80% des urgences, c’est lui qui a fait face hier à l’épidémie de SIDA et à la canicule et qui pourra faire face à une pandémie grippale. 



- Défendez-le parce que c’est lui qui prend en charge les cas les plus graves ou les plus complexes à tous les âges de la vie. 



- Défendez-le parce que les autres pays nous l’envient. 

La loi HPST dite loi Bachelot a supprimé l’appellation de «Service Public Hospitalier». Elle ne parle plus que d’ «Etablissement de Santé». Elle cherche à transformer l’hôpital public en entreprise. 
Pour être rentable l’hôpital devra sélectionner les pathologies et les patients, et diminuer le nombre de personnels : moins d’infirmières, moins d’aides soignantes, moins de médecins, moins de secrétaires, moins d’assistantes sociales. 
Il est prévu de supprimer 20 000 emplois dans l’ensemble des hôpitaux.

NE LAISSEZ PAS FAIRE
POUR DÉFENDRE VOTRE HÔPITAL PUBLIC ASSURANT
L’ACCÈS ÉGAL POUR TOUS À DES SOINS DE QUALITÉ,
SIGNEZ LA PÉTITION NATIONALE QUI SERA ADRESSÉE 
AU PARLEMENT ET AU GOUVERNEMENT:

«Je défends l’Hôpital Public, lieu de formation des professions médicales et paramédicales, de l’innovation et des progrès thérapeutiques, qui offre à tous, sans discrimination, des soins de qualité.

Je m’oppose à son démantèlement qu’annoncent d’une part un nouveau mode de direction qui aura pour souci principal la rentabilité, d’autre part des suppressions d’emplois non justifiées qui altèreront la qualité des soins. L'Hôpital Public doit avoir un financement lui permettant de remplir ses missions.»


samedi 8 janvier 2011

La fin de Bokassark




La fin de Bokassark

(Drame historique en quatre actes)

par Griffollet

ACTE I

- Scène 1. Bokassark

(Il lit un gros livre intitulé: La Princesse de Clèves, qu’il déchiffre avec difficulté)

«La cour de France ne fut jamais aussi bling bling que dans les dernières années du règne de Henri II.» Henri II? Qui c’est, celui-là? Voyons Google.

(Il se penche vers l’ordinateur - une grosse machine clinquante de marque Rollex, qui lance des rayons de lumière multicolores)

Allez donc: Henri II. Envoi.

(Il lit sur l’écran)

«Henri II, roi qui fit mettre à mort Beckett». Beckett?

Encore quelque un que je ne connais pas! On n’en finira donc jamais? Alors, Beckett?

(même jeu)

«Beckett, auteur de Oh les beaux jours et En attendant Godot.» Godot? Qui c’est, çui-là , bon sang?

C’est pas possible! On tourne en rond! J’y arriverai jamais!

(Il envoie tout promener et se lève, en proie à une vive agitation. Entre Carlita, portant guitare)


- Scène 2. Le même plus Carlita (elle entre sur l’air de Mon père m’a donné un mari)

Carlita

Mais qu’y a-t-il, Chouchou ? Je ne peux donc te laisser seul?

Bokassark

Ah, ma mie, j’eusse préféré que tu restât!

Carlita (haussant les épaules)

Restasses, Chouchou. Mais pourquoi cette agitation? Enfin, qu’y a-t-il, grand Dieu?

Bokassark

Il y a… Il y a que je ne m’en sortirai jamais. Frédo, mon ministre de ma Culture, m’a conseillé de me cultiver. Mais c’est dur, c’est dur, et je tourne en rond. La Princesse de Clèves, le roi Henri II, Beckett, Godot… Ah là là! (soupir; il tombe dans un brusque abattement.) Il eût mieux valu que je ne commençusse point.

Carlita

Commençasse, Chouchou.

Bokassark

Là, tu vois, on n’en finira jamais.

[Il énumère ses ennuis divers, à actualiser; par exemple: Fillon qui a repris du poil de la bête, les journalistes pédophiles, Villebrequin qui le nargue et l’asticote]

Ah là là, c’est dur.

(un temps)

Autant mourir

Mourir! Mais c’est une idée, pour finir en beauté!

Carlita (elle se regarde dans un miroir mural)

Je ne détesterais pas être veuve… jeune veuve, tant qu’à faire.

Bokassark

Tu vois, tout le monde serait content.

Carlita (nonchalante)

Mais comment t’y prendrais-tu ? Ce n’est pas si facile, de trépasser…

Bokassark

Hum, je vais demander conseil. (Il agite une sonnette) Guéant ! Gué - ant? Guaino! Guai - no? Un conseil restreint tout à l’heure, pour affaire d’importance.

(Le rideau tombe).

_________

ACTE II

(Salle du conseil)

Scène unique (Bokassark, ministres)

Bokassark

Oui, Messieurs, j’ai convoqué ce conseil restreint pour faire aboutir ce beau projet de ma disparition de ma scène de ce monde. L’autre jour j’ai annoncé ce projet, vaincu vos préventions hypocrites…

(Ils se récrient)

… et nous étions convenus que vous vinssussiez euh, vinssassiez aujourd’hui avec des propositions.

Frédo

Vins-siez, Monsieur le Président.

Bokassark

C’est ça, vinssissiez. Alors? François?

(Jeu de scène: à chaque proposition d’un ministre, Bokassark indique par gestes son refus et son déplaisir)

François

Assassiné comme Henri III…

Comme Henri IV…

Guillotiné comme Louis XVI…

Bokassark

Non, rien de royal, nous sommes en république, que diantre!

J’aimerais que tu t’en souvenusses!

François

Une mauvaise grippe à rechutes comme Pompidou?

Frédo (chantonnant)

Pom-pom pidou pidou ah! Euh, excusez-moi.

Bokassark

Est-ce que j’ai une tête à faire des mauvaises grippes à rechutes? Et je ne veux pas mourir enflé. L’inflation ne me réussit pas. C’est du moins ce que dit Tatie Dati. (Rires préenregistrés)

Enfin, Monsieur le Premier Ministre, merci de cet effort.

Monsieur le Ministre d’Etat?

Alain J

J’ai fait chercher dans les archives du Ministère de la Défense, autrefois Ministère de la Guerre, et mes services ont retenu le cas du général Boulanger.

Bokassark

Oui? Eh ben, accouche!

Alain J

Il s’est brûlé la cervelle sur la tombe de sa maîtresse.

Bokassark

Il faudrait d’abord que j’en prendasse une.

Frédo

Prisse, Monsieur le Président

Bokassark (il a l’air surpris)

Prisse, soit. Je ne contesterai pas le cas prisse (rire forcé général). Que je prisse, donc, maîtresse, et qu’elle mourât.

Frédo

Mourût

(En aparté)

Ou qu’un beau désespoir alors la secourût.

Bokassark

Mourût, c’est le cas billot

(Il part -seul - d’un grand éclat de rire)

Morue, cabillaud…

(Rires forcés des ministres)

Et puis Carlita ne voudra jamais devenir veuve dans ces conditions. Et de toute façon (baissant la voix) je ne sais pas bien monter à cheval. (Haut) Donc, Boulanger, hors-jeu.

Monsieur le Ministre de mon intérieur?

Heurtechoux

Nous avons le cas illustre du Président Félix Faure, qui mourut d’épectase…

Bokassark

C’est quoi, l’épectase ? Faut chercher sur Google?

Roselyne B

Attention, Monsieur le Président, c’est… en quelque sorte et quelque part, c’est un peu cochon.

Bokassark

Un peu cochon ? Ah! Alors, je suis tout truie. (Rires préenregistrés)

(Le ministre commence à évoquer le cas, et le rideau tombe.)

__________

ACTE III

(Même décor, le calendrier a avancé de huit jours)

- Scène 1. Bokassark, ministres

Bokassark

L’autre jour nous avons évoqué… ma disparition. Je suis plus décidé que jamais, ayant avancé de trois lignes dans la lecture de La Princesse de Clèves, quel supplice.

Mes conseillers et moi avons décidé de renoncer à la solution Félix Faure, pour des raisons de, comment dites-vous? De dignité humaine. C’est ça. Je suis un grand partisan de la dignité humaine. (Rires préenregistrés) Cette proposition était rigolote, mais ne sied pas à la majesté du successeur de Talonnette Ier alias Louis XIV, et Talonnette II alias l’empereur Napoléon..

Ministres

Ça se discute (ils parlent tous ensemble, ad libitum)

Bokassark

Mais ils n’étaient pas (il se rengorge) Présidents de la République!

(murmures)

Bokassark

Allons, il est temps d’aller prendre mon sarko one, j’ai un G20 tout à l’heure, et, que voulez-vous, ça n’attend pas.

Baroin

Tiens, j’ai une idée (à part) et au moins ça rentabiliserait l’investissement.

Vous vous souvenez, Monsieur le Président, de Paul Deschanel ?

Bokassark

Non, pourquoi, je devrais ? Faut encore chercher sur Google? (Rires préenregistrés)

Baroin

Il était (bas) tout comme vous (haut) un peu dérangé, il grimpait aux rideaux à l’intérieur de ce palais, ici même, aux arbres dans le parc, et même, lors d’un voyage officiel, il est tombé du train présidentiel pendant la nuit, en pyjama.

Bokassark

Pourquoi ces histoires du temps jadis ? Et quel rapport avec moi?

Baroin

Si vous tombiez de votre moyen de transport comme lui, une chute du sarko one, c’est la mort assurée, et avec quel éclat!

Frédo

(Il surenchérit, description comme à la télé jadis, genre…):

Le sarko one s’est élevé dans les airs tel un grand oiseau porteur des z’espérances de la France, et l’homme illustre, petit par la taille mais grand par les capacités politiques, sorti de sa cabine pour faire pipi, se trompe de porte et choit du haut du ciel, dans un grand vol plané d’apothéose, qui se termine en tragédie, le cou rompu au contact du sol…

Bokassark

(il semble séduit)

Eh ben ça c’est une idée.

(entre Carlita)

- Scène 2. Les mêmes, Carlita.

Bokassark

Mon cordon de la Légion pour un peu de cocaïne, et on y va. Carlita, mes adieux!

(Elle lui plaque un baiser sur l’une et l’autre joue avec empressement, et lui donne son écharpe)

Carlita

Et n’attrape pas froid, Chouchou!

(Le rideau tombe, sur l’air de Marlbrough s’en va-t-en guerre).

_________

ACTE IV

- Scène 1. Bokassark, seul en scène

(Il descend du plafond, apparaît en chauve-souris battant des ailes - exaltation croissante)

Bokassark (au sol)

Mon heure n’est pas venue, la mort n’a pas voulu de moi.

(Il le répète plusieurs fois en s’avançant)

Je suis le maître du monde. Sitôt sorti de l’avion, mes ailes se sont déployées, et je suis descendu en vol plané majestueux… Tarrataplan, rataplan, plan plan! Comme on dit dans la langue de mon ex-deuxième épouse. Me voilà sain et sauf, et pas mécontent de l’être, en fin de compte.

(Roulement de tambour ininterrompu).


- Scène 2. Bokassark, Laurel, Hardy.

Tout doucement apparaissent, cheminant côte à côte depuis le fond, Laurel et Hardy. Le premier est un crocodile, le second un hippopotame. Générique de Laurel & Hardy. Quand ils arrivent à la hauteur (?) du Président, Laurel le happe d‘un coup, comme ça: ham.

(Fin du roulement de tambour.)

Laurel

Ham. Burp.

(Il s’essuie la mâchoire délicatement avec un mouchoir de dentelle)

(Silence. Entre Carlita)


- Scène 3. Laurel, Hardy, Carlita.

Carlita

Mamma mia! Je suis veuve!

(Elle sort en brandissant sa guitare)


- Scène 4. Laurel, Hardy.

Laurel

Hardy, est-ce que les haricots ont des pattes?

Hardy

Mais non, voyons. Pourquoi?

Laurel

Alors, c’est un cafard que je viens d’avaler.

(Il est pris d’une crise de hoquet)

Rideau.