samedi 6 novembre 2010

INVITE A LA DISCUSSION




Invite à la discussion

Par Melchior


J’ai dit, dans un commentaire récent sur H&N, que je tenais la tactique anti-sarko, nue et réduite à elle-même, pour inopérante. Contrairement aux apparences, elle est grosse de désunions et de dissensions, et conduit à la défaite de la gauche humaniste, car elle agrège des forces disparates, sans les aimanter et les ordonner. Elle les condamne à se désagréger, la suivre c’est bâtir sur du sable.

Sarkozy représente une branche du capital financier international (branche française), son pouvoir est la traduction politique, dans une conjoncture donnée (celle de 2007...), de la domination économique (et culturelle) du capital financier sur l’ensemble de la société. Le personnage exerce ce pouvoir avec une telle brutalité, et une telle maladresse apparente, qu’il réunit contre lui un front du refus large et hétéroclite.

Il a ainsi rassemblé dans son opposition, comme un chiffonnier dans son sac:

- l’extrême droite et la droite souverainiste, dont l’analyse de classe précise reste à faire: fractions diverses de la petite bourgeoisie, des restes de la bourgeoisie industrielle, et d’autres couches de possédants (et de non-possédants sensibles au populisme). Dont le point commun est plus idéologique qu’économique (au point que peuvent s’y agréger sans trop de répugnance pour un bout de chemin des secteurs du souverainisme dit "de gauche", anti-européen).

- diverses factions du capital financier, qui ne font pas confiance au personnage, sont inquiétées par son style de gouvernement, et ne seraient pas fâchées de voir émerger une autre tête pour mener de façon plus habile une politique servant au fond les mêmes intérêts.

- diverses couches de non-possédants susceptibles de se réunir autour d’une perspective commune, encore faut-il que cette perspective soit, sinon fournie clés en mains, du moins dessinée dans ses grandes lignes, formant un projet cohérent, et à la fois crédible et désirable.

- des opposants par principe à toute politique.


Dans ce conglomérat, on distingue plusieurs accrétions.

Par rapport aux "urgences":

- Des gens qui voient clairement l’urgence démocratique, moins clairement les autres (cf le Modem, le PRG…).

- Des gens qui sont sensibles à l’urgence écologique avant tout (les Verts ont été rejoints par un courant, EE, moins monocentré; mais on ne sait pas encore si la mayonnaise prendra).

- Des gens qui ne sont sensibles qu’à l’urgence sociale, et considèrent, à la limite, les autres thèmes comme des diversions (cf le PG).

- Des gens qui (droite du PS) voient surtout l’urgence de la reprise économique, fût-ce à l'ancienne.

Les partisans de la démarche herculéenne: couper les quatre têtes de l’hydre en même temps, restent minoritaires (et leur cheffe de file mal vue), chacun préférant en rester à sa marotte.

Selon un autre clivage, on trouve:

- Des partisans, non du capitalisme financier, mais de l’économie de marché domestiquée, régulée à gauche (dont je suis).

- Des partisans de la planification, sans marché (à qui je n’arrive pas à faire dire s’ils préconisent une planification centralisée, ou autre chose et, si oui, quoi).

- Des gens qui ne se sont pas posé le problème de l’organisation économique, s’en passent très bien pour leur part, et n’ont pas l’intention de commencer maintenant, convaincus qu‘ils sont que tout problème de la vie sociale a sa réponse - réponse à tout - politique.

Notons pour mémoire le fossé qui se creuse entre les partisans de l’Europe (diverses options) et ceux du repli nationaliste (idem).

Tout ce monde divers et chatoyant danse une chorégraphie compliquée sur le thème "étripons-nous les uns les autres", aux cris de "toucencembleu toucencembleu oué oué", chacun voulant montrer qu’il est plus unitaire que les autres (à condition qu’on écarte d’abord les mous, les égarés, les traîtres et les vendus…).

Où veux-je en venir ? À ceci qu’il faudrait d’abord se mettre d’accord sur la manière dont nous voulons gérer l’économie (croissance et solidarités), les ressources naturelles, la balance des pouvoirs, et sur la démarche politique novatrice nécessaire pour construire et maintenir l’unité, sur un projet, je le répète, à la fois crédible et désirable. À bas la machine à perdre!

La gauche, c’est le Progrès; dans le Progrès il y a l’idée d’avancer…