jeudi 20 mai 2010

POUR UNE RENTRÉE POLITIQUE









POUR UNE RENTRÉE POLITIQUE

Par Melchior



1) L’OFFRE ET LA DEMANDE POLITIQUES ET LEUR CONFRONTATION

La demande politique démocratique (nous laissons de côté la demande de raidissement autoritaire ou celle d’avachissement type panem et circenses) peut et doit, pour être en mesure de présenter ses exigences, considérer l’offre des partis et mouvements, sa diversité ou son insuffisance, voire l’absence d’offre, sous différents aspects.

Ce dédoublement de l’offre et de la demande fait scandale: pour certains, il est par trop évocateur du «marché» honni, pour d’autres - parfois les mêmes - seule l’offre, émanant des militants et dirigeants, est légitime, la demande potentielle n‘ayant qu’à s’y soumettre en moutons de Panurge. Il nous semble au contraire qu'il est légitime pour le citoyen, conscient mais non professionnel de la politique, de faire valoir ses volontés bien avant l’isoloir.


2) LES GRANDES URGENCES, SÉPARÉMENT

La première chose est de considérer les quatre urgences auxquelles la société doit faire face:

- Démocratique (le passage nécessaire à la sixième République, la décentralisation, et l’intégration européenne),
- Économique (le retour à la prospérité: plein emploi, plus grande satisfaction des besoins, équilibre du système),
- Sociale (reconstitution du lien social et nouvelle marche vers l’égalité),
- Écologique (recherche de l’équilibre des rapports entre l’espèce et son environnement).

Au sein du mouvement de contestation du système d’oppression, qui s’est construit autour de la dictature de fait du Capital financier, les avis divergent sur les priorités quant à l’abord de ces urgences. Certains pensent que la refonte des institutions est un préalable à tout progrès, d’autres que tout ira mieux avec le retour de la croissance, d’autres encore que les couches populaires n’en pouvant plus, l’urgence des urgences est de partager les richesses, d’autres enfin que rien n’est utile, ni possible, si on ne sauve pas d’abord «la planète». Quittes, les uns et les autres, à négliger les trois urgences qu’ils ne mettent pas au premier plan.


3) LES GRANDES URGENCES, COMBINAISON

Nous prétendons qu’il faut une prise en compte combinée et simultanée des quatre urgences. Il n’est pas possible de tabler sur une reprise durable de l’économie sans une forte dose de redistribution et une autre de réforme démocratique de l’entreprise, seules susceptibles de stimuler durablement la croissance et l’activité. Inversement toute poussée vers l’égalité sur fond de pénurie et de rationnement est illusoire. Les réformes de l’économie et de la société ne peuvent se faire sans référence à la reconversion écologique des activités. Enfin la démocratie et les autres aspects sont aussi inséparables que la ligne de flottaison des bateaux l’est du niveau de l’eau.

Certes il faut faire la part et des aspects de développement inégal de la conscience des différentes couches de citoyens, des exigences conjoncturelles et des aspects tactiques de la politique à mener. À tel moment, ponctuellement, c’est tel ou tel aspect qui sera mis en avant. On peut admettre une certaine flexibilité des mots d’ordre avancés successivement. Il n’en reste pas moins nécessaire d’adapter un plan d’ensemble, une politique unifiée de réponse aux quatre urgences. Toute négligence de l’une d’entre elles compromettrait la réussite d’ensemble; au contraire intégrer les quatre dimensions vaudra une forte prime au courant politique qui s’en montrera capable.


4) PENSER ET AGIR LOCAL ET GLOBAL. LIER PASSE ET FUTUR

Il faut replacer l’action dans le temps et dans l’espace.

Dans l’espace: une phrase de l’Appel du 18 juin est à rappeler - aux souverainistes notamment, qui aiment tant se réclamer du gaullisme -, c’est: «La France n’est pas seule! Elle n’est pas seule!» Pour déterminer la politique du pays, on ne saurait oublier les dimensions régionales, européennes, internationales…

Il faut aussi rappeler l’inanité du nationalisme: la communauté de destin est maintenant continentale. D’où l’intérêt de la perspective fédéraliste et du mot d’ordre des États-Unis d’Europe. Les différents niveaux sont à considérer, en suivant le principe de subsidiarité.

Dans le temps: il faut prendre en compte l’héritage historique et les nécessités du futur, le fait post-colonial, la construction de l’Europe et de ses rapports au reste du monde (pour un continent paisible et facteur de prospérité « soutenable »).


5) TYPOLOGIE DES OFFRES (ET DES DEMANDES CAPTIVES)

On peut distinguer les tranches d’opinion suivantes (8 familles, de très inégales importances tant numériques qu’historiques):

1) L’opposition (de gauche ?) extra parlementaire,
2) La gauche opposée à l’économie de marché et/ou à la construction européenne
3) L’écologie politique
4) La social-démocratie dans sa diversité
5) Le « centre » (qu’il soit rallié à la droite ou en recherche d‘autonomie)
6) La droite (elle aussi un éventail à elle seule)
7) L’extrême droite parlementaire
8) Les groupuscules d’extrême droite extra parlementaire.

Le noyau dur de la future majorité de transformation sociale devrait se constituer à la jonction de l’écologie politique et du courant rénovateur de la social-démocratie. Les courants 2 à 5 devraient en subir l’attraction et s’y rallier.

samedi 1 mai 2010

RETRAITES: SORTIR DE L'ENFUMAGE POUR Y VOIR PLUS CLAIR



Retraites: sortir de l'enfumage pour y voir plus clair

par Virgil BRILL


Pour prendre la main dans notre société comme il l’a fait depuis déjà longtemps sous diverses formes, au pouvoir comme dans l’opposition, le crétinisme hyperlibéral n’a évidemment pas procédé par l’appel à la réflexion, qui lui serait fatal, mais bien à la manière sectaire par le bourrage de crâne. Une sorte d’hommage à la fois rochefoucaldien et laboétien que la cupidité rend à la démocratie, forme actuelle du pouvoir de quelques-uns sur tous avec la complicité béate de beaucoup.

Pour promettre avec quelque succès un Ciel improbable il faut bien montrer l’Enfer à notre porte, prêt à nous engloutir. C’est ce rôle que jouent avec une certaine réussite trois mythes récurrents sur le grand thème de la Dette. Ça résonne bien dans l’inconscient collectif d’un peuple englué dans le système de l’endettement (le crédit) pour satisfaire les fantasmes consommatoires qui ont pris la place du rêve personnel mais en gardant au fond l’obscure conviction ancienne que la dette c’est mal, que qui paye ses dettes s’enrichit, etc.

Ces trois mythes dont on nous bassine sont la dette publique, le trou de la sécu, l’effondrement du système des retraites par répartition.

Sur ce dernier type d’enfumage (comme sur les deux autres) il y a beaucoup à dire. Je suis heureux de vous soumettre un petit article de Bernard Tepper qui avec concision et en termes simples me paraît mettre les choses au point de façon salutaire.


Retraites : sortir de l’enfumage pour y voir clair


Nous avions déjà fourni des analyses fondées sur les travaux du Conseil d’orientation des retraites (COR) de 2001 et de septembre 2007. Pour les relire, il suffit d’aller sur le site de l’UFAL.

Le COR vient de sortir un nouveau rapport daté d’avril 2010 juste avant les discussions du gouvernement reprenant les positions du MEDEF avec le mouvement syndical. Il convenait donc d’analyser si ce rapport validait ou invalidait les analyses précédentes dans la mesure ou entre-temps, nous avons vécu la crise de 2007-2008. Cette question est d’autant plus cruciale que les médias, les néolibéraux et autres sociaux libéraux ont immédiatement, sans avoir lu le rapport sérieusement, sonné le tocsin de la propagande de la fin du monde. On se serait cru dans une période millénariste…

Le pompon revient sans conteste au journal Le Monde qui titrait sur le «trou de 2600 milliards d’euros» qui va manquer aux régimes de retraites. Avec une propagande millénariste de ce type, il faut donc que le bon peuple admette que la contre-réforme est inéluctable et qu’il faut accepter un nouveau recul des droits sociaux avec un zeste d’accord supplémentaire sur la pénibilité ou sur une amélioration cosmétique des retraites des femmes. Tout cela avec le cortège des arguments de mauvaise foi que nous avons démonté dans les articles précédents dont la caricature est la suivante : «On est obligé d’allonger la durée de cotisations et la durée légale du départ à la retraite à cause de la démographie». Nous avons donc déjà demandé à ces Cassandre pourquoi une augmentation de 63% du nombre de retraités sur une période de 40 ans qui voit doubler sa richesse avec une croissance du PIB de 1,7% par an en moyenne pose problème ? En fait, ils ne répondent pas. Pire, ils organisent le black-out de nos analyses !

Alors, les pessimistes nous disent: oui, mais avec la crise, on n’a pas eu 1,7% sur l’année dernière. Nous leur répondons d’abord que le chiffre (faible) de 1,7% est un taux moyen sur 40 ans. Et que même le COR 2010 formé par des économistes largement choisis par la droite néolibérale au pouvoir estime que la dégradation des comptes retraite due à la crise 2007-2008 est d’environ 20 milliards d’euros, soit 1 point de PIB (soit moins de 10% des dividendes payés pour les actionnaires). Et on veut nous culpabiliser?

Que dit le COR 2010 sur les besoins nouveaux de financements annuels de retraite en parts de PIB ?

Qu’en 2015, alors que le COR 2007 prévoyait un besoin de financement de 0,7 points de PIB, le COR 2010 prévoit un besoin de financement de 1,8 points de PIB dans le scénario A, 1,8 pour le scénario B et 1,9 pour le scénario C.

Qu’en 2020, ces mêmes chiffres passent de 1% dans les calculs du COR 2007 à respectivement 1,7, 1,9 et 2,1.

Qu’en 2030, ces mêmes chiffres passent de 1,6% dans les calculs du COR 2007 à respectivement 1,9, 2,5 et 2,9

Qu’en 2040, ces mêmes chiffres passent de 1,8% dans les calculs du COR 2007 à respectivement 1,9, 2,8 et 3,2.

Qu’en 2050, ces mêmes chiffres passent de 1,7% dans les calculs du COR 2007 à respectivement 1,7, 2,6 et 3.

Rappelons quand même et toujours qu’un point de PIB (environ 20 milliards d’euros aujourd’hui), c’est moins de 10% du montant des dividendes payés aux actionnaires par an.

Et donc que 3 points de PIB, c’est moins de 30% des dividendes payés aux actionnaires!

Amputer ces «pauvres chéris» de 30% de leurs avoirs, est-ce si terrifiant?

A moins d’être dogmatique du genre de «l’immaculée conception» en disant: notre dogme intangible est le suivant : les revenus des spéculateurs ne doit pas baisser et donc les besoins de financement calculés doivent conduire à baisser de nouveau le niveau des retraites, qui ont déjà baissé de 20 points depuis la contre-réforme de Philippe Séguin en 1987, indexant les retraites sur les prix et non plus sur les salaires (jamais remise en cause par les gouvernements de gauche 1988-1993), la contre-réforme Balladur de 1993 (passage des 10 meilleurs années à 25 et des 37,5 années de cotisations à 40 pour le secteur privé) et 1996 (baisse du point des complémentaires retraites) (jamais remise en cause par le gouvernement de la gauche plurielle de Lionel Jospin 1997-2002), les contre-réformes de 2003 (passage à 40 ans pour fonctionnaires) et de 2008(idem pour les régimes spéciaux) (le «futur» gouvernement de la «gauche unie» remettra-t-il en cause les 23 ans de contre-réformes ?)

En fait, d’après nos calculs, nous pourrions régler l’ensemble du besoin de financement de toute la protection sociale d’ici 2050 avec une hausse modérée des cotisations sociales dites patronales ainsi qu’une taxation de tous les revenus financiers et dans les entreprises d’une taxation des profits non réinvestis dans l’investissement productif (à hauteur de 67 % par exemple). Mais pour cela, il faut ne pas avoir peur de dire que nous devons revenir sur tout ou partie des 9,3 Points de PIB qui sont passés, dans la répartition des richesses, sur un quart de siècle, des salaires et revenus du travail (directs et socialisés) vers les profits pour alimenter la spéculation boursière, une des causes des crises récentes!

Mais pour cela, il faut sortir de la confusion et de l’enfumage grâce aux cycles des séances d’universités populaires tournés vers l’action (voir le triple appel de l’UFAL) et de reprendre le chemin de la mobilisation déterminée à front large. Et jamais l’un sans l’autre ! Marcher sur ses deux jambes en sorte !

par Bernard Teper
Responsable du secteur Éducation populaire
Union des Familles Laïques
30 avril 2010

L'illustration est un travail d'Antony Gormley, Field