mardi 13 avril 2010

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DERNIÈRES NOUVELLES: RÉACTIONS A CHAUD



Ce Billet pourrait être consacré à toutes les informations que nous souhaitons partager, sans relever d'une thématique ou d'une autre.

vendredi 2 avril 2010

Évolution et Révolution





Évolution et Révolution


Par Melchior



Au Club Mediapart, il y a quelques jours, Hendrik Davi a publié un Billet intitulé: «Promenade autour de la notion d’évolution», dans lequel, à partir de ses connaissances d’écologue, il se livre à une intéressante tentative d’analogie entre l’évolution des espèces et celle des formes sociales humaines, qui lui fait souci en tant que militant politique.

Rappelons que Gregory Bateson a traité, dans La nature et la pensée, il y a trente ans, de l’homologie entre l’évolution des espèces et le changement des mentalités, qui n’est pas étranger à celui des sociétés.

H.D note d’abord que la notion même d’évolution est contemporaine des révolutions bourgeoise et industrielle. On peut regretter qu’il n’en profite pas pour situer la notion même de révolution par rapport à celle d’évolution qui l’occupe. (On peut néanmoins s’en tenir à celle de transformation sociale). H D rappelle ensuite les éléments contenus dans la notion d’évolution: (1) il y a du changement (2) ce changement est ordonné dans le temps (3) il suit une direction (4) il met en œuvre des mécanismes. Cela peut en effet nourrir la réflexion nécessaire. On peut s’étonner du procès fait à la notion de progrès (et du contresens sur celle de «fin de l’histoire»; mais passons) : il ne semble pas qu’une transformation sociale puisse être espérée si elle n’est pas considérée comme une avancée pour l’espèce humaine…

Une suggestion pour continuer sur la voie de l’analyse du changement politique: étudier à quelles conditions un mot d’ordre peut être porteur d’efficacité. À cet égard je suis en désaccord avec le premier commentateur, non quand il encourage l’auteur du billet à poursuivre sa réflexion, mais quand il campe les citoyens en spectateurs passifs du processus. Il me semble au contraire que c’est précisément l’activité effective des citoyens, quel que soit le degré de conscience politique que leur prêtent les observateurs, qui est le moteur du changement. Le point nodal c’est l’émergence et la propagation des idées-forces de la transformation sociale. Comme disait Marx: «Quand une idée s’empare des masses, elle devient une force matérielle.» Ce qu’il importe de déterminer, c’est à quelles conditions une idée susceptible de devenir une force matérielle naît, se propage, s’impose et génère les comportements politiques nécessaires au changement.

Gros programme d’étude pour l’écologie des idées. Pour faire court: une idée (slogan, mot d’ordre, point de programme) ne peut s’intégrer à la mentalité politique d’un sujet que si elle se réfère à un objectif à la fois (1) souhaitable, désirable, considéré comme «une bonne chose», et (2) crédible, yeswecanesque, relevant du possible.

L’un des obstacles à l’énonciation de tels objectifs est certes la diversité objective des univers du désirable et du crédible dans la population existant réellement; mais un autre obstacle est le filtre particulier, les petites lunettes à travers lesquelles les militants des groupes d’avant-garde autoproclamée perçoivent les échelles du désirable et du souhaitable chez les citoyens et électeurs existant réellement: le travailleur étant ce qu’il est nécessairement de par le devenir historique, il ne peut pas en toute conscience ne pas vouloir ceci et cela, qu’on lui propose si judicieusement. Ou alors, c’est l’effet d’un retard de conscience et du poids de l’idéologie dominante, spontanée ou renforcée par le travail de sape des appareils idéologiques de classe et d’Etat; il conviendra alors de lui proposer un peu plus fort ce qu’il veut nécessairement, pour son propre bien, encore et toujours: le génie est une longue patience.

Un mot d’ordre politique (ou quoi que ce soit qu’on puisse assimiler à un stimulus) est accueilli par une mentalité individuelle dans laquelle on peut distinguer quatre composantes: (1) un aspect de vigilance: le sujet se trouve être plus ou moins attentif, réceptif, à ce type de stimulus; (2) un aspect cognitif: il dispose d’un stock plus ou moins riche de connaissances ou de croyances plus ou moins élaborées sur ce point; (3) un aspect affectif: le sujet éprouve divers sentiments - y compris moraux - et manifeste diverses attitudes à ce propos; (4) un aspect conatif enfin: il est plus ou moins disposé à l’action, susceptible de se mobiliser. Ces quatre composantes ne sont pas indépendantes les unes des autres, elles ne sont pas non plus mécaniquement alignées.

Le problème des militants et autres citoyens qui pensent être conscients des nécessités est d’adapter leurs mots d’ordre et propositions de façon à focaliser les éléments déjà existants pour contribuer à élever le niveau de conscience et de mobilisation de l’ensemble des citoyens. Pour cela il leur faut eux-mêmes considérer les réactions de la masse des gens auxquels ils s’adressent comme des stimuli (1) auxquels ils doivent être attentifs, (2) qu’il leur faut savoir analyser, (3) pour lesquels ils doivent être capables d’empathie, (4) sur la base desquels ils doivent apprendre à anticiper et faciliter le passage à l’acte efficace.

(Dur métier que celui de révolutionnaire professionnel…).