jeudi 25 juin 2009

Une femme si sympathique



Une femme si sympathique


Par Monica





Dans un groupe de recherches pluridisciplinaires portant sur les interactions humaines, nous avons dernièrement émis l'hypothèse qu’il pourrait exister un type psychologique: la femme sympathique, partageant certains attributs avec l'encre du même nom.

Si l’on se reporte aux définitions de l’encre sympathique, on peut en effet trouver matière, très encrée, à réfléchir sur cette question.

La femme sympathique, avons-nous observé, est souvent présente dans des jeux d'enfants et d'adultes, l'érotisme, la pornographie, l'ennui, l’adultère, la mélancolie saisonnière, la névrose, la perversité.

Qu’est-ce qu’une femme sympathique ?

C’est une femme qui, après une période de visibilité pour son « attrapeur » - qui l’épingle fréquemment sur un tableau de papillons de collection – est ensuite rendue invisible par et pour lui.

- S’il s’agit d’un adultère, la visibilité/invisibilité est une garantie, pour "l’attrapeur", de pouvoir mener sans encombre son double jeu.

- S’il s’agit de névrose ou de perversité, la visibilité/invisibilité est pour "l’attrapeur" un moyen de consolation ou de jouissance.

Nous renvoyons ici les lecteurs au jeu de la bobine reliée à un fil, rejetée loin de soi puis ramenée vers soi. Freud décrivit le jeu du «Fort Da» (Loin, Près) en observant son petit-fils jouer ainsi alors que sa mère s'était absentée, ce qu'il interpréta comme une tentative de l'enfant pour maîtriser l’absence et le manque. Ce jeu universel permet à chaque humain de contrôler, à son gré, l’apparition et la disparition de l’être-bobine qu'il aime et/ou sur lequel il veut exercer son pouvoir.

Ce rapprochement nous a semblé pertinent, car il appert que le désir secret qui guide "l’attrapeur" de femmes sympathiques est de pouvoir, quand il s’ennuie ou se sent seul, lorsqu'il est en souffrance ou qu’il veut s’assurer de l’existence de la captive dans le tableau où il l'a épinglée, la rendre transitoirement visible par divers procédés.

L’un des procédés utilisés pour rendre visible l'invisible pourrait être nommé, par une analogie lumineuse, «la technique de la bougie».

La dame invisible se révèle et sort du tableau lorsque "l’attrapeur" la soumet à la chaleur d'une bougie bien particulière, qu'il s’avère très difficile de se procurer sur le marché. Sa vente est très sporadique et très aléatoire. De plus, sa durée de vie est – comme celle de toutes les bougies – limitée dans le temps.

La variabilité interindividuelle est, comme en tout domaine, très importante. Il s’avère que chaque femme sympathique possède une certaine température de fusion, qui varie suivant sa nature.

La femme sympathique brune, par exemple, charrie dans ses veines un acide dont la température d'inflammation est plus basse que celle de la femme sympathique blonde. En clair, elle va brûler et donc se révéler plus tôt. La chaleur dégagée par la bougie va déclencher une réaction d'oxydation de l'acide de la brune, avec l'oxygène ambiant. Elle peut donc apparaître sous une forme et une carnation tout à fait imprévisibles, avec des ombrages ou des reliefs particuliers.

"L’attrapeur" de femmes sympathiques est généralement très sensible à cette variabilité. Certains ont, de ce fait, une véritable collection de femmes sympathiques (l'un de ceux avec lesquels nous nous sommes entretenus nous a dit en avoir huit).

La bougie sporadique fait réapparaître un temps bref la femme sympathique - ce qui permet à "l'attrapeur" de s'assurer qu'elle ne s'est pas complètement effacée - et lorsqu'elle s'éteint, la dame est renvoyée pour "l'attrapeur" dans son invisibilité.

Ni vue ni connue. "L’attrapeur" ne la voit plus. Si elle parle, il ne lui répond pas. C'est normal : elle est devenue, nous a dit un interviewé très soucieux de comprendre ce qu'il faisait, et d'en corriger les effets délétères pour ses amies, invisible et inaudible.

Cette dernière caractéristique – le fait d’être inaudible - distingue radicalement la femme sympathique de l'encre du même nom, qui de parole n'est pas dotée.

Un "attrapeur" peut se livrer durant une longue période à ce jeu "Fort Da" du visible et de l’invisible, tant que la femme sympathique - inconsciente du stratagème qui l’emprisonne- se prête au jeu.

En général, elle est totalement inconsciente de ce qui se trame dans, et sur, sa bobine. Soit parce qu’elle aime "l’attrapeur", soit parce qu’elle veut l’aider (s’il lui semble souffrir), soit parce qu’elle jouit de cette position de femme double, visible et invisible. Elle a parfois des soupçons, mais qui ne durent pas tant le procédé est délicat.

Cependant, d'une manière générale (97,5% des cas), elle n’en tire pas durablement des bénéfices, car elle subit le processus sans jamais pouvoir elle-même le contrôler.

Sa seule issue, nous ont expliqué les femmes ayant eu conscience d'avoir été trop sympathiques, est de sortir du tableau de papillons, pour s’envoler ailleurs.

Le rôle de l’être sympathique n’est pas réservé aux femmes, même s’il est encore, de nos jours, statistiquement plus fréquent chez elles : il existe assurément des hommes sympathiques. Nous en avons recensé à ce jour une soixantaine, évidemment moins nombreux que les mille huit cent cinquante femmes que nous avons pu rencontrer. Tous les milieux sociaux et culturels sont représentés.

De même, le rôle de "l’attrapeur" peut être joué par des hommes et des femmes. Ce type transcenderait donc la différence de genre.

Nous tentons actuellement d'approfondir ce nouveau concept, présenté ici à titre de modeste pré-validation.

vendredi 19 juin 2009

Gestation sans maternité et mère meurtrière


Gestation sans maternité et mère meurtrière

Par Monica

Nous avions, l’autre semaine, abordé une version controversée de la dissociation entre gestation et maternité : la « gestation pour autrui » ou « mère porteuse», qui permet la naissance d’un enfant.

La question sous-jacente était : comment une femme qui a porté un enfant peut-elle ne pas se vivre comme une mère et se représenter l’enfant comme celui d’un autre ?

Aujourd’hui, nous en abordons une autre, infiniment plus dramatique : la gestation sans maternité, suivie de la mort d’un enfant.

La question sous-jacente est : comment une femme qui a porté un enfant peut-elle ne pas se vivre comme une mère, et mettre fin aux jours de l’enfant ?

L’image de la mère s’avance, en ce deuxième cas, sur un mode mortifère, ce qui explique l’écho et l’émotion suscités par le procès dit des «bébés congelés».
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RAPPEL DE L'AFFAIRE

A Séoul, le 23 juillet 2006, un ingénieur, JLC, découvre dans un tiroir de son congélateur les corps de deux nouveau-nés. Sa femme est en France avec leurs deux enfants. Il alerte la police. Le couple est entendu par la police puis relâché. JLC affirme que sa femme, VC, n’a pu accoucher de ces nouveau-nés, car elle a subi une ablation de l'utérus en décembre 2003. Les tests ADN montrent cependant que VC et JLC sont bien les parents des enfants.

En Octobre 2006, le couple est placé en garde à vue et VC avoue qu’elle a étranglé les nouveau-nés «de la main droite» en 2002 et 2003, et affirme que son mari n'était au courant de rien. Puis elle avoue avoir tué et brûlé un autre nouveau-né en juillet 1999. Mise en examen, elle est écrouée, et poursuivie pour «assassinats». Le mari est mis hors de cause par la justice.

En fait, l'autopsie des deux nouveau-nés révèle qu'ils sont morts par «asphyxie» et non par «étranglement». La directrice de l'Institut médico-légal fait l’hypothèse que VC aurait apposé un «linge souple» sur le visage de ses deux nouveau-nés après l'accouchement et exercé une pression suffisante pour les asphyxier après qu'ils eussent crié, donc respiré. Chez l’un des enfants, une pression brutale avait occasionné des fractures au visage. Ces nouveau-nés avaient été privés d'air, après avoir respiré, puisque des fragments de leurs poumons pouvaient «flotter». Le premier enfant pesait 2,8 kg, le deuxième 3,2 kg.
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LES ENJEUX DU PROCÈS

Devant la Cour d'assises où a comparu VC, la notion de «déni de grossesse» a été mise en vedette. L’Association Française pour la Reconnaissance du Déni de Grossesse (AFRDG) a contribué à faire connaître ce trouble, militant pour que l'on admette officiellement que le corps humain a ses raisons que la raison ignore. Le déni de grossesse s’est invité au Sénat le 4 juin dernier : «Pour que la réponse à ces femmes malades ne soit plus la prison», la sénatrice du Val-de-Marne demandait à la Garde des Sceaux la reconnaissance juridique du déni de grossesse qui concernerait une naissance sur 500 en France.

Les questions posées par ce procès «des bébés congelés» sont multiples: Peut-on estimer qu'il y a eu ici «déni de grossesse»? VC a-t-elle eu conscience de ses actes ? Existe-t-il une pathologie psychologique qui associerait déni de grossesse et infanticide ? Ce diagnostic fait-il ou non disparaître la notion de «préméditation»? Pourquoi «dénier», tuer et congeler ce qui deviendra immanquablement des «pièces à conviction»?

Longtemps, la médecine a ignoré le «déni de grossesse», qui correspond au fait qu'une femme n'a pas conscience d’être enceinte. Une étude française récente, menée pendant sept ans auprès de 2 550 femmes hospitalisées dans des maternités, montre que parmi les 56 cas de déni, la moitié prennent fin avant le terme de la grossesse («déni partiel» : 27 cas) et l’autre moitié vont jusqu'à l'accouchement («déni total» : 29 cas).

Dans près de la moitié des cas, les femmes victimes d'un déni sont déjà mères d'un ou de deux enfants (26 femmes sur les 56 étudiées). Le fait d'être déjà mère ne protège donc pas contre le déni, et ne permet pas à la femme d'avoir conscience de son état de grossesse. Tous les milieux sociaux sont concernés. Dans tous les cas, le corps de la femme ne présente aucun signe caractéristique de la grossesse (prise de poids, ventre, masque de grossesse). Les femmes disent ne pas avoir senti bouger leur bébé. Pour certaines, des saignements mensuels réguliers peuvent exister.

Les femmes qui font un déni de grossesse et tuent leur enfant auraient, selon certains «psy », un profil psychologique particulier. Elles souffriraient d’une distorsion temporelle, étant incapables de situer une date ou un événement passé. Leur rapport à la sexualité et à la contraception serait singulier, elles seraient incapables de nommer les parties de leur anatomie intime, ignoreraient le fonctionnement de leur cycle, seraient incapables de s’appliquer à elles-mêmes ce qu’elles savent pourtant, notamment que la contraception permet d’éviter d’avoir un enfant. Elles auraient vécu dans des familles qui ne communiquent pas, et l’image maternelle serait chez elles toujours défaillante. Il en résulterait une altération de la représentation de l’enfant à venir, qui serait perçu comme un morceau d’elles-mêmes.

Lorsqu’elles passent aux aveux, ces femmes meurtrières ressentiraient une culpabilité telle qu’elles répondraient en fonction de ce que l’on attend d’elles. Elles auraient toujours vécu dans l’évitement de la parole, et de ce fait elles adopteraient une version qui n’est pas la réalité de ce qu’elles ont vécu. Le procès ferait partie de l’évolution de leur réflexion car elles ne comprendraient pas tout et pas tout de suite. D’abord émergerait la souffrance, puis la culpabilité et peut-être de nouveau le déni. Il leur faudrait beaucoup de temps, parfois des années, pour arriver à mettre des mots sur ce qui s’est passé.
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LE PROCÈS DE VC

Ce procès a attiré une foule très nombreuse. Les neuf jurés ont été tirés au sort sur les quarante désignés. Le ministère public et la défense ont retenu au total sept hommes et deux femmes.

L’avocate défendant les enfants du couple (deux garçons de 12 ans et demi et 14 ans) a réclamé le huis-clos pour les protéger, mais sa demande a été rejetée. Le président a admis que les enfants avaient pu souffrir des informations diffusées pendant l'instruction, mais il a jugé que ce procès avait pour objectif d'évoquer «dans le respect de l'ordre et des mœurs les faits reprochés».

Le procès a donc été public, l'accusée étant enfermée dans une cage de verre. Personne, dans la famille et parmi les amis, n’avait compris ce qui s’était passé. Personne n'avait rien vu. Frères et sœurs rappellent l'enfance de VC, sa gentillesse, sa timidité, son goût pour la lecture, son mieux-être après l’ablation de son utérus. Les enquêteurs ont certes exhumé des secrets de famille : une sœur aînée dont on cacha quelques années aux enfants qu'elle n'était pas de leur papa, et une dernière sœur née alors que les enfants n'avaient pas vu que leur mère était enceinte. Mais cela explique-t-il les actes d’ «infanticide» - un terme que la justice française a, depuis 1994, rayé de son lexique pour le fondre dans la catégorie générale des «homicides» ?

Le président du tribunal hésite également sur les mots désignant les petites victimes: faut-il parler de «bébés», de «nouveau-nés», de «nourrissons», d'«enfants»?

Deux discours s'affrontent alors dans le tribunal, radicalement antagonistes.

- Au nom de la justice à rendre, le président, qui a choisi de jouer le rôle de l'avocat général, veut «des faits, des arguments, une logique cartésienne».

- Mais VC et ses proches ne peuvent en aucun cas les fournir.

VC dit que, au début de ses trois grossesses clandestines, elle a eu un «flash» de grossesse puis elle n’a plus su qu'elle était enceinte. Elle n’a donc pas cherché à avorter. Elle dit qu'elle sait bien que ce qu'elle dit peut sembler «absurde» mais que c'est ainsi qu'elle a vécu tout cela. «Je l’ai su, puis je ne l’ai plus su, de temps en temps je l’ai su». Elle pleure, parle avec une voix de petite fille, pour dire qu'elle ne peut rien dire ; que ce qu'elle dit n'est, peut-être, pas la vérité.

Ce sont les psychologues, les psychiatres, les spécialistes et les défenseurs de la reconnaissance du droit au déni de grossesse qui vont tenter de fournir les explications demandées.

1) LE DÉNI DE GROSSESSE: LA MÈRE NON COUPABLE

Le lundi 15 juin, deux spécialistes réputés du déni de grossesse sont cités par la défense : un gynécologue obstétricien, qui s'intéresse à ce phénomène depuis plus de trente ans, et une psychanalyste psychologue, qui a écrit sur ce thème un ouvrage de référence.

L’obstétricien dit que les conclusions du médecin légiste sont pleinement concordantes avec son savoir et sa pratique. Mais il estime que l'on ne peut nullement en inférer que c'est la mère qui, après la naissance, a délibérément «étouffé» ses nouveau-nés. Dans l'immense majorité des cas, dit-il, une femme ne peut pas accoucher seule. «A la différence de tous les autres mammifères l'espèce humaine se caractérise par le fait que la taille du crâne de l'enfant à naître et quelques autres de ses dimensions anatomiques ne coïncident pas avec celles du bassin de celle qui le porte, explique-t-il. C'est pourquoi il faut toujours une aide. Il faut repositionner la tête de l'enfant vers l'arrière ce qu'une femme qui accouche seule ne peut mécaniquement pas effectuer. Elle ne peut qu'attirer la tête vers l'avant ce qui complique encore plus le dégagement des épaules. Et elle doit alors exercer un effort considérable de traction qui peut causer des dégâts majeurs. Il est alors pratiquement obligatoire que la tête de l'enfant, sorti, reste bloquée dans l'orifice vaginal. Si tel est le cas, c'est sans espoir». «Le recours à un tissu permet de mieux se saisir de la tête que l'on veut aider à sortir; une tête qui, à mains nues et du fait des viscosités, ne cesse de vous échapper.» Une tête, en somme que la femme voudrait «aider à sortir» alors qu'elle ne se sait (ou ne veut pas se savoir) future mère. Les professionnels parlent ici, tout simplement, d'«ambivalence».

Pourtant, VC avait déclaré que les deux enfants avaient «crié». Elle pense que oui, sans doute… ou que non. Elle ne sait plus, ne veut plus savoir. Alors, y a-t-il eu des cris en 1999, en 2002, en 2003? Selon l’obstétricien, il s'agissait peut-être non pas d'un «cri» mais d'un «gasp», qui se produit au moment où la tête est sortie du corps maternel alors même que le reste de son corps y est encore inclus. A ce stade il peut en quelques secondes engranger suffisamment d'oxygène dans ses alvéoles pulmonaires pour que l'on ait ensuite l'impression qu'il est bien né vivant.

L’image de la mère meurtrière ici s’éloigne.

Trois experts « psy » sont cités. Ils ont vu VC à quelques reprises à la maison d’arrêt. Ils ne sont pas vraiment d’accord sur les conclusions et les hypothèses que l’on peut faire pour expliquer les trois infanticides. Le «sujet» ne présenterait pas de «maladie mentale avérée» tout en montrant des symptômes de «dissociation», un état entre névrose et psychose. Il serait aussi «ambivalent», témoignant volontiers d’une «inaffectivité», d’une «image de soi dépréciée», des «craintes de ne pas être à la hauteur». Il a été question d’une forme « d’hystérisation» chez cette femme qui s’est trouvée «soulagée» quand on lui ôta son utérus après la très grave infection qui suivit le troisième infanticide. Pour autant, VC n’est pas «perverse».

Les spécialistes de la psyché ont parlé d' «adhésivité» : ne pouvant procéder à une introspection et compte-tenu de ses «défenses archaïques», elle répond ce qu'elle croit que celui qui l'interroge a envie d'entendre. «Ce que je ressentais pendant l’instruction, c’est que j’étais un monstre. Je prenais conscience de ce que j’avais fait et la mise en lumière de cette découverte a été terrible. Je me suis retrouvée face à quelque chose que je m’étais toujours caché. On me prouvait par A plus B que j’étais un monstre, alors j’ai parlé comme tel» dit VC.

- Le président : «Les enquêteurs et le juge d'instruction ont tous noté votre froideur quand vous avez reconnu les faits: aucune émotion quand vous avez relaté la façon dont vous aviez tué vos bébés. Pas de remords, pas de regret».
- VC : «Je ne suis pas quelqu'un de froid»
- Le président : «Pas de remords, pas de regrets?».
- VC : «Je ne pouvais pas, même après les aveux. Des bébés pris comme une réalité, comme une existence, comme individualisés il n'y a pas si longtemps... Je ne suis pas quelqu'un de froid. Je ne sais plus ce que j'ai voulu dire».

Pourquoi, à Séoul, allait-elle régulièrement vérifier que les deux cadavres étaient toujours bien présents dans le congélateur ? «Eh bien... pour voir si c'était vraiment vrai, si j'avais vraiment mis ces choses dans le congélateur».

VC a tout fait pour garder ces corps auprès d’elle. Lorsque, en 2003, le congélateur tombe en panne, un seul petit clandestin y est alors caché. VC entrepose le corps le temps qu’un nouvel appareil soit livré. En juin 2005, le couple déménage. VC transporte alors les corps dans un sac jusqu’à la nouvelle maison. «Je n’ai pas pu les jeter, dit-elle en sanglotant silencieusement. Je sais que c’est bizarre… ce que j’ai fait est tellement monstrueux, mais je ne pouvais pas m’en séparer. En les congelant, je voulais peut-être les garder auprès de moi». Elle ajoute : «Je vérifiais de temps en temps leur présence dans le congélateur. Cela peut paraître absurde, mais je voulais vérifier qu’ils étaient vraiment là».

2) LA MÈRE MENTEUSE

Elle semble tellement correspondre, pratiquement point par point, au profil psychologique des femmes infanticides après déni de grossesse, que l’avocat général lui demande si ce n'est pas durant sa détention qu'on lui a appris l'existence de ce «déni de grossesse» dont on parle tant et tant aujourd'hui. Ne lui a-t-on pas donné un livre sur le sujet? Oui, mais elle ne l'a pas lu. En revanche elle a vu à la maison d'arrêt une émission de télévision où une femme avait raconté avoir jeté son nouveau-né avant de le retrouver et de l'élever.. «Mais je ne sais pas si je ressemble à ça, dit-elle. Je ne sais pas trop. Je cherche. Ce que j'ai fait, je l'ai fait

L’un des psychiatres qui a rencontré VC à trois reprises rejette catégoriquement toute altération de son discernement au moment du passage à l’acte et, de fait, toute atténuation de sa responsabilité. «Elle nous a dit à plusieurs reprises qu’elle se savait enceinte, qu’elle a laissé sa grossesse évoluer et qu’elle se cachait avec des vêtements amples», répète-t-il. Pour lui, il s’agit tout simplement d’un «mensonge» : «Elle a menti pendant 27 mois».

Or, pour mentir à son entourage si longtemps, cacher trois grossesses, trois accouchements et trois infanticides, il faut, selon le psychiatre, qu’il y ait eu «clivage» : «Le clivage, c’est la capacité à se scinder en deux personnes : la femme ordinaire, bonne épouse et bonne mère d’un côté, et puis de l’autre, quelqu’un capable de mener un acte extraordinaire. C’est une face cachée très localisée dans son psychisme, se situant au niveau de la maternité».

L’expert avance même que VC tirait de cette situation un «certain plaisir» : «Après le premier infanticide, elle a peut-être été elle-même surprise par la facilité avec laquelle elle est parvenue à dépasser cette première épreuve, peut-être à y ressentir le plaisir secret du pouvoir à donner la vie et la mort». «Je ne parle pas d’un plaisir conscient, mais Mme C n’ayant pas de statut affirmé sur le plan familial, elle avait de fait un pouvoir en détenant ce secret. Elle a pu ressentir du plaisir dans la façon dont elle a dominé ses sentiments et grugé son mari».

Pour ces experts, VC n’a pas un déni de grossesse mais un «refus de maternité». «Elle a toujours été parfaitement consciente de son état de grossesse, sans aucun phénomène confusionnel ou délirant, ayant toujours gardé sa parfaite maîtrise d’elle-même».

3) NUANCES

Pour un autre spécialiste, le problème est plus délicat. Les morts d’enfant dont il a eu connaissance étaient des cas de déni total où la femme ne se savait pas enceinte jusqu’à l’accouchement. Ces femmes disent qu’un «truc» est sorti d’elle, elles parlent d’une «chose» et se débarrassent de l’enfant comme elles se débarrasseraient d’un encombrant. Or il semblerait qu’il y ait eu chez VC la conscience d’être enceinte, au moins durant les derniers mois, et la préméditation de se débarrasser, non pas d’un enfant, mais de ce qu’elle considérait comme une «prolongation d’elle-même».

«L’affaire n’est pas simple», car on ne peut écarter le déni de grossesse à 100 %. «Chaque cas est particulier, reprend l’expert. Dire “elle savait” ou “elle ne savait pas” est peut-être caricatural. Un déni peut évoluer avec le temps ; il peut y avoir des moments de lucidité où la femme prend momentanément conscience de son état avant un retour du refoulé ; le déni peut s’installer progressivement dans la vie d’une femme, avec une première grossesse normale, une seconde un peu plus discrète, puis une troisième où le déni est total ; il est aussi possible qu’il y ait eu déni, prise de conscience tardive, puis impossibilité totale d’assumer cet état».

VC est malgré tout incapable de s’expliquer davantage. Si elle n’a pas prémédité ses actes, elle a tout de même laissé ses grossesses évoluer. Que pensait-elle faire, si ce n’est les tuer ?

Quand le Président demande à VC de revenir à ces matinées où elle a accouché seule, accroupie dans la salle de bain, elle dit en pleurant : «J’ai des souvenirs confus, sous formes d’images très brèves, sans savoir de quel bébé il s’agit». Très lentement, elle dit : «J’ai le souvenir d’être dans la salle de bain, d’une sensation physique du bébé qui quitte mon corps ; je pense ensuite qu’il se met effectivement à crier. J’ai l’image de ma main sur un visage».

L’avocat de la défense tente d’aider sa cliente : «La seule question qui vaille dans ce procès madame, c’est “pourquoi” – alors, dites-nous : pourquoi ?»

Silence de VC qui finit par dire : «Je n’ai pas de réponse qui soit en adéquation avec la gravité des faits. Ce que je sais, c’est que ces grossesses n’ont pas été à l’image de celles de Jules et Nicolas à qui je parlais et que je sentais bouger. Je me dis aussi aujourd’hui que si j’avais su parler et me confier à l’époque, rien de tout cela ne serait jamais arrivé».

L’avocat plaide. Tuer un enfant est un tabou et doit le rester. Il dit que ce qu'a fait sa cliente est certes horrible mais qu'elle est tout sauf un «monstre ». Il met en perspective les expertises psychiatriques, en éclaire les contradictions, se moque du jargon. Il écarte l'hypothèse de la perversité. Il demande aux jurés non pas «l'impossible» mais «l'impensable». Faire en sorte que VC rentre chez elle après avoir accepté le principe de l'injonction thérapeutique et avoir reconnu la monstruosité de ses gestes.

Au terme de la plaidoirie, le président demande à l'accusée si elle veut ajouter quelque chose pour se défendre. VC se lève. «Oui... J'ai essayé de m'expliquer... Je n'ai sans doute pas toujours eu les mots... à la hauteur. J'ai conscience d'avoir tué nos enfants... Cela me restera tout le temps».

Le tribunal n’a pas retenu la préméditation et a condamné VC à 8 ans de prison : elle devrait donc rentrer chez elle dans 18 mois.

Ce verdict permet de proposer des réponses aux questions que pose ce procès :

- A-t-on estimé qu'il y ait eu «déni de grossesse»? Oui

- A-t-on estimé que VC ait eu conscience de ses actes ? Non

- Existerait-il une pathologie psychologique qui associerait déni de grossesse et infanticide ? Oui

- Ce diagnostic ferait-il disparaître la notion de «préméditation»? Oui

- Pourquoi «dénier», tuer et congeler ce qui deviendra alors immanquablement des «pièces à conviction»? Parce que les enfants étaient une partie d’elle, et peut-être parce que la culpabilité était sous-jacente, et qu’il lui faudrait un jour assumer les actes.

mardi 16 juin 2009

Nous devons obtenir la fin du cumul des mandats. Chiche!



Nous devons obtenir la fin du cumul des mandats. Chiche!
par Caroline Pinet

Nous devons commencer par exiger le possible, à savoir la mise en place des outils juridiques pour mettre fin aux dérives démocratiques liées aux cumuls des mandats et à leur reconduction sans fin.

- Parlementaires absents ou inexistants parce que trop occupés par ailleurs,
- Candidats soutenus par leurs partis après avoir été reconnus coupables d’avoir mis les doigts dans le pot de confiture pour leur enrichissement personnel,
- Élus perchés sur leur nuage qui perdent tout sens des réalités jusqu’à en oublier de penser l’avenir, jusqu’à en perdre la capacité de le faire, ou jusqu’à ne même plus se rendre compte de leurs dérapages et de leurs impacts sur la société en son ensemble,
- Parlementaires vieillissants qui n’utilisent ni ne comprennent rien aux nouveaux outils de communication au point de penser que couper une connexion internet n’est pas une atteinte à la liberté d’expression, ou
- Parlementaires qui ont trop peur de ne pas être réinvestiw pour s’opposer à des textes qui leur répugnent,
- Ministres députés européens,
etc

Faut-il continuer à laisser monter la sordide musique du “tous pourris”, du “godillot inutile” en ne faisant rien pour que cela cesse? Je ne le pense pas.

Nous devons obtenir la révision de l’article 3 de la Constitution
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Suggestion du complément à apporter à cet article:

Art. 3. - La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum.

Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice.

Compléter par:

- Nul ne peut exercer de façon concomitante plusieurs mandats électifs sauf celui de Conseiller municipal sans délégation et sans indemnisation. Nul ne peut prétendre exercer un même mandat plus de 3 fois de suite.

- Nul parlementaire, nul membre d’un exécutif territorial de plus de 50.000 habitants ne peut exercer d’activités professionnelles publiques ou privées pendant le temps de son mandat.

- Les membres du Gouvernement et de leurs cabinets ne peuvent exercer de mandat électif le temps de leurs fonctions.

- Nulle Assemblée ne peut délibérer en l’absence de plus du tiers de ses membres.

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Contrairement à ce que la campagne de communication faite à l’occasion de la révision de la Constitution, le référendum d’initiative populaire n’existe toujours pas en France. Seul est désormais possible le référendum d’initiative parlementaire (un cinquième des parlementaires) soutenu par les électeurs (un dixième des électeurs inscrits). (Cf Article 11 de la Constitution en fin de billet).

Il nous appartient donc d’inviter 185 députés à prendre l’initiative et environ 4,5 millions d’électeurs à les soutenir. Certes la barre est haute, mais l’enjeu l’est plus encore.

A la seule Assemblée Nationale il y a 186 députés socialistes, 18 apparentés et 31 radicaux citoyens et verts. Que des parlementaires qui ne cessent de nous dire leur attachement à la démocratie. Et beaucoup d’autres à Droite. Resteront-ils crédibles en disant Non si nous leur disons : Chiche!

Comment le saurons nous si nous n’essayons pas!

Alors, Chiche?

Art. 11. - Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal Officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions.

Lorsque le référendum est organisé sur proposition du Gouvernement, celui-ci fait, devant chaque assemblée, une déclaration qui est suivie d'un débat.

[Entrée en vigueur dans les conditions fixées par les lois et lois organiques nécessaires à leur application (article 46-I de la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008) Un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales. Cette initiative prend la forme d'une proposition de loi et ne peut avoir pour objet l'abrogation d'une disposition législative promulguée depuis moins d'un an.

Les conditions de sa présentation et celles dans lesquelles le Conseil constitutionnel contrôle le respect des dispositions de l'alinéa précédent sont déterminées par une loi organique.

Si la proposition de loi n'a pas été examinée par les deux assemblées dans un délai fixé par la loi organique, le Président de la République la soumet au référendum.

Lorsque la proposition de loi n'est pas adoptée par le peuple français, aucune nouvelle proposition de référendum portant sur le même sujet ne peut être présentée avant l'expiration d'un délai de deux ans suivant la date du scrutin.]

Lorsque le référendum a conclu à l'adoption du projet ou de la proposition de loi, le Président de la République promulgue la loi dans les quinze jours qui suivent la proclamation des résultats de la consultation.
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dimanche 7 juin 2009

Interdire, censurer, condamner… ?



Interdire, censurer, condamner?
Bienséance et bien penser?

Par Monica


Quelques affaires ont posé ces questions avec de plus en plus d’insistance.

- Il y eut la pipe de Jacques Tati… sur lequel la RATP posa un moulinet jaune, au motif qu’elle ferait à elle seule l’apologie du tabac, interdite par la loi Evin.

- Il y eut le DVD de l’humoriste Gérard Dahan, intitulé Sarkoland, portant sur la jaquette une caricature de Sarkozy. Le directeur de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité fit interdire à France 2 de promouvoir cette cassette, au motif que la caricature portait atteinte au chef de l’état..

- Il y eut l’interdiction en France, au nom du respect que l’on doit aux cadavres, de l’exposition Our Body, que trente millions de personnes ont vue dans le monde entier.

- Il y eut, sur Mediapart, le buzz étiré sur les paroles de Frèche sur la notion de "sous-hommes" associée aux harkis, dont parle Farid dans l’un de ses billets.

- Il y eut le débat sur la gestation pour autrui ( les « mères porteuses »), dont la pratique va sans doute être interdite - et non pas règlementée - en France. (Billet sur ce Blog)

- Il y eut la plainte de Nadine Morano, Secrétaire d'État à la Famille, contre des personnes ayant posté des commentaires insultants sur deux sites Internet. Ces sites, sur réquisition judiciaire de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne, ont dû fournir, pour une quinzaine d’internautes, leurs adresses IP. L’une de ces internautes a été convoquée au Commissariat pour avoir posté le commentaire « Hou la menteuse ». Depuis, comme l’affaire a fait le tour de tous les médias, Mme Morano a retiré sa plainte contre cette personne.

Il est évident que l’on ne peut pas reprocher à des personnes visées par des insultes de réagir. Mais, en ce cas d’espèce, était-il nécessaire de déposer une plainte, dès lors que les hébergeurs des sites peuvent supprimer les commentaires insultants ?

- Il y eut l'attaque de François Bayrou, le 4 Juin 2009 contre Daniel Cohn-Bendit, estimant que son livre écrit en 1975 et qui évoque la sexualité des enfants est "un livre insupportable". "C'est un livre qui justifie et théorise des pratiques que pour ma part, en tous cas à l'égard d'enfants très jeunes, en bas âge je n'accepterai jamais", a déclaré François Bayrou. "

En 2001, l’actualité avait mis au premier plan cette affaire avec la publication d'extraits du livre de Daniel Cohn-Bendit, "Le Grand Bazar" (Belfond 1975) où il raconte ses activités d’aide-éducateur dans un jardin d’enfants autogéré de Francfort. Le texte fut diffusé en 2001 par la journaliste allemande Bettina Röhl, fille de l'ancienne terroriste Ulrike Meinhof, membre de la Fraction armée rouge, qui s'en prenait aux anciennes personnalités de Mai 68, depuis «embourgeoisées», notamment Joschka Fischer et Cohn-Bendit. Les extraits du livre ont été publiés par la presse allemande, britannique et italienne, puis en France dans l'Express. Marine Le Pen reprit cette accusation de "pédophilie" sur un plateau de télévision en 2005.

Daniel Cohn-Bendit écrivait en particulier : "Il m'était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m'avez-vous choisi, moi, et pas d'autres gosses ? Mais s'ils insistaient, je les caressais quand même". Il ajoutait encore : "J'avais besoin d'être inconditionnellement accepté par eux. Je voulais que les gosses aient envie de moi, et je faisais tout pour qu'ils dépendent de moi".

En 2001, lors de cette première polémique sur son livre, Daniel Cohn-Bendit avait déclaré avoir agi "par pure provocation" , sur ce qui n'était "pas une réalité" et en avoir "des remords".
«Prétendre que j’étais pédophile est une insanité. La pédophilie est un crime. L’abus sexuel est quelque chose contre lequel il faut se battre. Il n’y a eu de ma part aucun acte de pédophilie.» Des parents de ces « crèches alternatives » ont d’ailleurs apporté leur soutien au leader écologiste. «Nous savons qu’il n’a jamais porté atteinte à nos enfants », écrivent-ils. Les enfants eux-mêmes rejettent dans cette lettre «toute tentative de rapprochement entre Daniel Cohn-Bendit et des personnes coupables d’abus sexuels sur enfants».

Rappelons qu’à cette époque, la revue Les Temps Modernes publiait un texte d’un groupe d’amis mettant fin aux jours d’un bébé gravement handicapé que les médecins avaient laissé vivre. Un texte qui serait aujourd’hui interdit, et dont les auteurs seraient poursuivis ? Dans le contexte post soixante-huit de l’époque, les écrits sur la sexualité ou la mort n’avaient pas le même statut qu’aujourd’hui. En ce qui concerne Daniel Cohn-Bendit, peut-on lui reprocher les propos tenus dans un texte (au demeurant épuisé) datant de 33 ans, dans un certain contexte, au sujet desquels il a déjà exprimé des remords?

- Il y eut l’affaire Orelsan, dont l’album "Perdu d'avance" a été retiré des bibliothèques de Paris, du fait de la violence de ses textes. Christophe Girard, l'adjoint à la culture à la mairie de Paris justifie ainsi ce retrait: "Nous ne voulons pas cautionner des textes d'une telle violence […] Cet album d'Orelsan ne s'inscrit pas dans notre politique culturelle". "Nous avons un comité d'achat et de sélection qui a voté le fait de ne pas proposer aux habitants de Paris l'album d'Orelsan, qui ne respecte pas les droits de l'homme. Tout le monde parle de censure, ce n'est pas le cas. Nous avons une mission de service public et le devoir de protéger les mineurs. Qu'auraient dit les parents s'ils avaient trouvé cet album dans la chambre de leurs enfants? Cet album est disponible dans le commerce: celui qui souhaite l'écouter le peut en toute liberté en l'achetant dans le privé. Mais nous ne voulons pas cautionner des textes d'une telle violence."

Voici les paroles d’Orelsan qui ont incité la direction des affaires culturelles de la mairie de Paris à retirer l'album "Perdu d'avance".
« Petite, essaie pas de me fréquenter Ou tu va perdre ton pucelage avant d'avoir perdu tes dents de lait »
« …Les gars s'habillent comme des meufs et les meufs comme des chiennes …Elles kiffent les mecs efféminés comme si elles étaient lesbiennes"
« …J'finirais par acheter ma femme en Malaisie .J'peux t'faire un enfant et te casser l'nez sur un coup de tête »
« …Un idéal féminin moitié pute, moitié soumise
…C'est pour les ados d'soixante et les femmes de treize ans »
« …Mais je te quitterai dès que je trouve une chienne avec un meilleur pédigrée »
« ...Félicitations, tu vas mettre au monde un futur fils de pute »
« …J'déteste les travs depuis qu'j'ai failli ken un Brésilien"

Il est évident que ces paroles d’Orelan sont très violentes. Mais, outre qu’elles sont le fidèle écho des propos que l’on entend dans la société, le fait de les proscrire dans certains lieux risque d'en souligner deux fois plus l’existence et en renforcer l’impact. L’interdit ne risque-t-il pas de prescrire ?

- La question se pose également pour le «mouvement antisioniste» mené par Dieudonné.

L’interdire, empêcher la tenue de certains meetings – comme cela fut fait pour le Front National – est-il utile ? N’est-ce pas contre-productif? La seule réponse n’est-elle pas la réfutation argumentée, même très véhémente, directe, sans bienséance?


En ce sens, les disputes entre les leaders politiques avant les élections européennes dans l'émission d'Arlette Chabot, sont-elles choquantes? Dans le fond, au lieu de parler la langue de bois habituelle et de s'envoyer des attaques sous formes de sous-entendus, les hommes politiques se sont affrontés à mots découverts, montrant leurs émotions d'individus, leurs ambitions, exprimant leur colère. Est-ce si nouveau ? Certainement pas. Il y eut d'autres débats tout aussi violents. Mais aujourd'hui, on revendique plus que jamais la bienséance à tout bout de champ et on s'offusque sur un mode indigné.

Attend-on des leaders politiques qu'ils montrent l'exemple?... Mais de quoi? De la bonne éducation (pas d'une banlieue type 9/3, évidemment, comme le sous-entend Mme Chabot)? De ce que la plupart des personnes aujourd'hui ne font pas? Les leaders politiques sont le reflet de ce que nous sommes.

Pouvait-on réellement attendre d'une telle émission avec une telle animatrice (émission si convenue qu'on a toujours l'impression de revoir la même), des informations sur les programmes politiques des uns et des autres pour les Européennes?

- Une affaire de bien-pensance serait-elle en cause dans la critique de certains propos de Manuel Valls, qui a demandé à ce qu'il y ait plus de blancs, de white, de blancos ? Il a prôné dans sa ville "un mélange qui ne soit pas uniquement le ghetto". Le PS a dénoncé un "dérapage scandaleux".

Valls a-t-il été "raciste" en demandant plus de mixité socioculturelle ?


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Le peinture du bâillon a été réalisée par Caroline Pinet.
Merci, Caroline ;-)