
Gestation sans maternité et mère meurtrière
Par Monica
Nous avions, l’autre semaine, abordé une version controversée de la dissociation entre gestation et maternité : la « gestation pour autrui » ou « mère porteuse», qui permet la naissance d’un enfant.
La question sous-jacente était : comment une femme qui a porté un enfant peut-elle ne pas se vivre comme une mère et se représenter l’enfant comme celui d’un autre ?
Aujourd’hui, nous en abordons une autre, infiniment plus dramatique : la gestation sans maternité, suivie de la mort d’un enfant.
La question sous-jacente est : comment une femme qui a porté un enfant peut-elle ne pas se vivre comme une mère, et mettre fin aux jours de l’enfant ?
L’image de la mère s’avance, en ce deuxième cas, sur un mode mortifère, ce qui explique l’écho et l’émotion suscités par le procès dit des «bébés congelés».
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RAPPEL DE L'AFFAIRE
A Séoul, le 23 juillet 2006, un ingénieur, JLC, découvre dans un tiroir de son congélateur les corps de deux nouveau-nés. Sa femme est en France avec leurs deux enfants. Il alerte la police. Le couple est entendu par la police puis relâché. JLC affirme que sa femme, VC, n’a pu accoucher de ces nouveau-nés, car elle a subi une ablation de l'utérus en décembre 2003. Les tests ADN montrent cependant que VC et JLC sont bien les parents des enfants.
En Octobre 2006, le couple est placé en garde à vue et VC avoue qu’elle a étranglé les nouveau-nés «de la main droite» en 2002 et 2003, et affirme que son mari n'était au courant de rien. Puis elle avoue avoir tué et brûlé un autre nouveau-né en juillet 1999. Mise en examen, elle est écrouée, et poursuivie pour «assassinats». Le mari est mis hors de cause par la justice.
En fait, l'autopsie des deux nouveau-nés révèle qu'ils sont morts par «asphyxie» et non par «étranglement». La directrice de l'Institut médico-légal fait l’hypothèse que VC aurait apposé un «linge souple» sur le visage de ses deux nouveau-nés après l'accouchement et exercé une pression suffisante pour les asphyxier après qu'ils eussent crié, donc respiré. Chez l’un des enfants, une pression brutale avait occasionné des fractures au visage. Ces nouveau-nés avaient été privés d'air, après avoir respiré, puisque des fragments de leurs poumons pouvaient «flotter». Le premier enfant pesait 2,8 kg, le deuxième 3,2 kg.
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LES ENJEUX DU PROCÈS
Devant la Cour d'assises où a comparu VC, la notion de «déni de grossesse» a été mise en vedette. L’Association Française pour la Reconnaissance du Déni de Grossesse (AFRDG) a contribué à faire connaître ce trouble, militant pour que l'on admette officiellement que le corps humain a ses raisons que la raison ignore. Le déni de grossesse s’est invité au Sénat le 4 juin dernier : «Pour que la réponse à ces femmes malades ne soit plus la prison», la sénatrice du Val-de-Marne demandait à la Garde des Sceaux la reconnaissance juridique du déni de grossesse qui concernerait une naissance sur 500 en France.
Les questions posées par ce procès «des bébés congelés» sont multiples: Peut-on estimer qu'il y a eu ici «déni de grossesse»? VC a-t-elle eu conscience de ses actes ? Existe-t-il une pathologie psychologique qui associerait déni de grossesse et infanticide ? Ce diagnostic fait-il ou non disparaître la notion de «préméditation»? Pourquoi «dénier», tuer et congeler ce qui deviendra immanquablement des «pièces à conviction»?
Longtemps, la médecine a ignoré le «déni de grossesse», qui correspond au fait qu'une femme n'a pas conscience d’être enceinte. Une étude française récente, menée pendant sept ans auprès de 2 550 femmes hospitalisées dans des maternités, montre que parmi les 56 cas de déni, la moitié prennent fin avant le terme de la grossesse («déni partiel» : 27 cas) et l’autre moitié vont jusqu'à l'accouchement («déni total» : 29 cas).
Dans près de la moitié des cas, les femmes victimes d'un déni sont déjà mères d'un ou de deux enfants (26 femmes sur les 56 étudiées). Le fait d'être déjà mère ne protège donc pas contre le déni, et ne permet pas à la femme d'avoir conscience de son état de grossesse. Tous les milieux sociaux sont concernés. Dans tous les cas, le corps de la femme ne présente aucun signe caractéristique de la grossesse (prise de poids, ventre, masque de grossesse). Les femmes disent ne pas avoir senti bouger leur bébé. Pour certaines, des saignements mensuels réguliers peuvent exister.
Les femmes qui font un déni de grossesse et tuent leur enfant auraient, selon certains «psy », un profil psychologique particulier. Elles souffriraient d’une distorsion temporelle, étant incapables de situer une date ou un événement passé. Leur rapport à la sexualité et à la contraception serait singulier, elles seraient incapables de nommer les parties de leur anatomie intime, ignoreraient le fonctionnement de leur cycle, seraient incapables de s’appliquer à elles-mêmes ce qu’elles savent pourtant, notamment que la contraception permet d’éviter d’avoir un enfant. Elles auraient vécu dans des familles qui ne communiquent pas, et l’image maternelle serait chez elles toujours défaillante. Il en résulterait une altération de la représentation de l’enfant à venir, qui serait perçu comme un morceau d’elles-mêmes.
Lorsqu’elles passent aux aveux, ces femmes meurtrières ressentiraient une culpabilité telle qu’elles répondraient en fonction de ce que l’on attend d’elles. Elles auraient toujours vécu dans l’évitement de la parole, et de ce fait elles adopteraient une version qui n’est pas la réalité de ce qu’elles ont vécu. Le procès ferait partie de l’évolution de leur réflexion car elles ne comprendraient pas tout et pas tout de suite. D’abord émergerait la souffrance, puis la culpabilité et peut-être de nouveau le déni. Il leur faudrait beaucoup de temps, parfois des années, pour arriver à mettre des mots sur ce qui s’est passé.
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LE PROCÈS DE VC
Ce procès a attiré une foule très nombreuse. Les neuf jurés ont été tirés au sort sur les quarante désignés. Le ministère public et la défense ont retenu au total sept hommes et deux femmes.
L’avocate défendant les enfants du couple (deux garçons de 12 ans et demi et 14 ans) a réclamé le huis-clos pour les protéger, mais sa demande a été rejetée. Le président a admis que les enfants avaient pu souffrir des informations diffusées pendant l'instruction, mais il a jugé que ce procès avait pour objectif d'évoquer «dans le respect de l'ordre et des mœurs les faits reprochés».
Le procès a donc été public, l'accusée étant enfermée dans une cage de verre. Personne, dans la famille et parmi les amis, n’avait compris ce qui s’était passé. Personne n'avait rien vu. Frères et sœurs rappellent l'enfance de VC, sa gentillesse, sa timidité, son goût pour la lecture, son mieux-être après l’ablation de son utérus. Les enquêteurs ont certes exhumé des secrets de famille : une sœur aînée dont on cacha quelques années aux enfants qu'elle n'était pas de leur papa, et une dernière sœur née alors que les enfants n'avaient pas vu que leur mère était enceinte. Mais cela explique-t-il les actes d’ «infanticide» - un terme que la justice française a, depuis 1994, rayé de son lexique pour le fondre dans la catégorie générale des «homicides» ?
Le président du tribunal hésite également sur les mots désignant les petites victimes: faut-il parler de «bébés», de «nouveau-nés», de «nourrissons», d'«enfants»?
Deux discours s'affrontent alors dans le tribunal, radicalement antagonistes.
- Au nom de la justice à rendre, le président, qui a choisi de jouer le rôle de l'avocat général, veut «des faits, des arguments, une logique cartésienne».
- Mais VC et ses proches ne peuvent en aucun cas les fournir.
VC dit que, au début de ses trois grossesses clandestines, elle a eu un «flash» de grossesse puis elle n’a plus su qu'elle était enceinte. Elle n’a donc pas cherché à avorter. Elle dit qu'elle sait bien que ce qu'elle dit peut sembler «absurde» mais que c'est ainsi qu'elle a vécu tout cela. «Je l’ai su, puis je ne l’ai plus su, de temps en temps je l’ai su». Elle pleure, parle avec une voix de petite fille, pour dire qu'elle ne peut rien dire ; que ce qu'elle dit n'est, peut-être, pas la vérité.
Ce sont les psychologues, les psychiatres, les spécialistes et les défenseurs de la reconnaissance du droit au déni de grossesse qui vont tenter de fournir les explications demandées.
1) LE DÉNI DE GROSSESSE: LA MÈRE NON COUPABLE
Le lundi 15 juin, deux spécialistes réputés du déni de grossesse sont cités par la défense : un gynécologue obstétricien, qui s'intéresse à ce phénomène depuis plus de trente ans, et une psychanalyste psychologue, qui a écrit sur ce thème un ouvrage de référence.
L’obstétricien dit que les conclusions du médecin légiste sont pleinement concordantes avec son savoir et sa pratique. Mais il estime que l'on ne peut nullement en inférer que c'est la mère qui, après la naissance, a délibérément «étouffé» ses nouveau-nés. Dans l'immense majorité des cas, dit-il, une femme ne peut pas accoucher seule. «A la différence de tous les autres mammifères l'espèce humaine se caractérise par le fait que la taille du crâne de l'enfant à naître et quelques autres de ses dimensions anatomiques ne coïncident pas avec celles du bassin de celle qui le porte, explique-t-il. C'est pourquoi il faut toujours une aide. Il faut repositionner la tête de l'enfant vers l'arrière ce qu'une femme qui accouche seule ne peut mécaniquement pas effectuer. Elle ne peut qu'attirer la tête vers l'avant ce qui complique encore plus le dégagement des épaules. Et elle doit alors exercer un effort considérable de traction qui peut causer des dégâts majeurs. Il est alors pratiquement obligatoire que la tête de l'enfant, sorti, reste bloquée dans l'orifice vaginal. Si tel est le cas, c'est sans espoir». «Le recours à un tissu permet de mieux se saisir de la tête que l'on veut aider à sortir; une tête qui, à mains nues et du fait des viscosités, ne cesse de vous échapper.» Une tête, en somme que la femme voudrait «aider à sortir» alors qu'elle ne se sait (ou ne veut pas se savoir) future mère. Les professionnels parlent ici, tout simplement, d'«ambivalence».
Pourtant, VC avait déclaré que les deux enfants avaient «crié». Elle pense que oui, sans doute… ou que non. Elle ne sait plus, ne veut plus savoir. Alors, y a-t-il eu des cris en 1999, en 2002, en 2003? Selon l’obstétricien, il s'agissait peut-être non pas d'un «cri» mais d'un «gasp», qui se produit au moment où la tête est sortie du corps maternel alors même que le reste de son corps y est encore inclus. A ce stade il peut en quelques secondes engranger suffisamment d'oxygène dans ses alvéoles pulmonaires pour que l'on ait ensuite l'impression qu'il est bien né vivant.
L’image de la mère meurtrière ici s’éloigne.
Trois experts « psy » sont cités. Ils ont vu VC à quelques reprises à la maison d’arrêt. Ils ne sont pas vraiment d’accord sur les conclusions et les hypothèses que l’on peut faire pour expliquer les trois infanticides. Le «sujet» ne présenterait pas de «maladie mentale avérée» tout en montrant des symptômes de «dissociation», un état entre névrose et psychose. Il serait aussi «ambivalent», témoignant volontiers d’une «inaffectivité», d’une «image de soi dépréciée», des «craintes de ne pas être à la hauteur». Il a été question d’une forme « d’hystérisation» chez cette femme qui s’est trouvée «soulagée» quand on lui ôta son utérus après la très grave infection qui suivit le troisième infanticide. Pour autant, VC n’est pas «perverse».
Les spécialistes de la psyché ont parlé d' «adhésivité» : ne pouvant procéder à une introspection et compte-tenu de ses «défenses archaïques», elle répond ce qu'elle croit que celui qui l'interroge a envie d'entendre. «Ce que je ressentais pendant l’instruction, c’est que j’étais un monstre. Je prenais conscience de ce que j’avais fait et la mise en lumière de cette découverte a été terrible. Je me suis retrouvée face à quelque chose que je m’étais toujours caché. On me prouvait par A plus B que j’étais un monstre, alors j’ai parlé comme tel» dit VC.
- Le président : «Les enquêteurs et le juge d'instruction ont tous noté votre froideur quand vous avez reconnu les faits: aucune émotion quand vous avez relaté la façon dont vous aviez tué vos bébés. Pas de remords, pas de regret».
- VC : «Je ne suis pas quelqu'un de froid»
- Le président : «Pas de remords, pas de regrets?».
- VC : «Je ne pouvais pas, même après les aveux. Des bébés pris comme une réalité, comme une existence, comme individualisés il n'y a pas si longtemps... Je ne suis pas quelqu'un de froid. Je ne sais plus ce que j'ai voulu dire».
Pourquoi, à Séoul, allait-elle régulièrement vérifier que les deux cadavres étaient toujours bien présents dans le congélateur ? «Eh bien... pour voir si c'était vraiment vrai, si j'avais vraiment mis ces choses dans le congélateur».
VC a tout fait pour garder ces corps auprès d’elle. Lorsque, en 2003, le congélateur tombe en panne, un seul petit clandestin y est alors caché. VC entrepose le corps le temps qu’un nouvel appareil soit livré. En juin 2005, le couple déménage. VC transporte alors les corps dans un sac jusqu’à la nouvelle maison. «Je n’ai pas pu les jeter, dit-elle en sanglotant silencieusement. Je sais que c’est bizarre… ce que j’ai fait est tellement monstrueux, mais je ne pouvais pas m’en séparer. En les congelant, je voulais peut-être les garder auprès de moi». Elle ajoute : «Je vérifiais de temps en temps leur présence dans le congélateur. Cela peut paraître absurde, mais je voulais vérifier qu’ils étaient vraiment là».
2) LA MÈRE MENTEUSE
Elle semble tellement correspondre, pratiquement point par point, au profil psychologique des femmes infanticides après déni de grossesse, que l’avocat général lui demande si ce n'est pas durant sa détention qu'on lui a appris l'existence de ce «déni de grossesse» dont on parle tant et tant aujourd'hui. Ne lui a-t-on pas donné un livre sur le sujet? Oui, mais elle ne l'a pas lu. En revanche elle a vu à la maison d'arrêt une émission de télévision où une femme avait raconté avoir jeté son nouveau-né avant de le retrouver et de l'élever.. «Mais je ne sais pas si je ressemble à ça, dit-elle. Je ne sais pas trop. Je cherche. Ce que j'ai fait, je l'ai fait.»
L’un des psychiatres qui a rencontré VC à trois reprises rejette catégoriquement toute altération de son discernement au moment du passage à l’acte et, de fait, toute atténuation de sa responsabilité. «Elle nous a dit à plusieurs reprises qu’elle se savait enceinte, qu’elle a laissé sa grossesse évoluer et qu’elle se cachait avec des vêtements amples», répète-t-il. Pour lui, il s’agit tout simplement d’un «mensonge» : «Elle a menti pendant 27 mois».
Or, pour mentir à son entourage si longtemps, cacher trois grossesses, trois accouchements et trois infanticides, il faut, selon le psychiatre, qu’il y ait eu «clivage» : «Le clivage, c’est la capacité à se scinder en deux personnes : la femme ordinaire, bonne épouse et bonne mère d’un côté, et puis de l’autre, quelqu’un capable de mener un acte extraordinaire. C’est une face cachée très localisée dans son psychisme, se situant au niveau de la maternité».
L’expert avance même que VC tirait de cette situation un «certain plaisir» : «Après le premier infanticide, elle a peut-être été elle-même surprise par la facilité avec laquelle elle est parvenue à dépasser cette première épreuve, peut-être à y ressentir le plaisir secret du pouvoir à donner la vie et la mort». «Je ne parle pas d’un plaisir conscient, mais Mme C n’ayant pas de statut affirmé sur le plan familial, elle avait de fait un pouvoir en détenant ce secret. Elle a pu ressentir du plaisir dans la façon dont elle a dominé ses sentiments et grugé son mari».
Pour ces experts, VC n’a pas un déni de grossesse mais un «refus de maternité». «Elle a toujours été parfaitement consciente de son état de grossesse, sans aucun phénomène confusionnel ou délirant, ayant toujours gardé sa parfaite maîtrise d’elle-même».
3) NUANCES
Pour un autre spécialiste, le problème est plus délicat. Les morts d’enfant dont il a eu connaissance étaient des cas de déni total où la femme ne se savait pas enceinte jusqu’à l’accouchement. Ces femmes disent qu’un «truc» est sorti d’elle, elles parlent d’une «chose» et se débarrassent de l’enfant comme elles se débarrasseraient d’un encombrant. Or il semblerait qu’il y ait eu chez VC la conscience d’être enceinte, au moins durant les derniers mois, et la préméditation de se débarrasser, non pas d’un enfant, mais de ce qu’elle considérait comme une «prolongation d’elle-même».
«L’affaire n’est pas simple», car on ne peut écarter le déni de grossesse à 100 %. «Chaque cas est particulier, reprend l’expert. Dire “elle savait” ou “elle ne savait pas” est peut-être caricatural. Un déni peut évoluer avec le temps ; il peut y avoir des moments de lucidité où la femme prend momentanément conscience de son état avant un retour du refoulé ; le déni peut s’installer progressivement dans la vie d’une femme, avec une première grossesse normale, une seconde un peu plus discrète, puis une troisième où le déni est total ; il est aussi possible qu’il y ait eu déni, prise de conscience tardive, puis impossibilité totale d’assumer cet état».
VC est malgré tout incapable de s’expliquer davantage. Si elle n’a pas prémédité ses actes, elle a tout de même laissé ses grossesses évoluer. Que pensait-elle faire, si ce n’est les tuer ?
Quand le Président demande à VC de revenir à ces matinées où elle a accouché seule, accroupie dans la salle de bain, elle dit en pleurant : «J’ai des souvenirs confus, sous formes d’images très brèves, sans savoir de quel bébé il s’agit». Très lentement, elle dit : «J’ai le souvenir d’être dans la salle de bain, d’une sensation physique du bébé qui quitte mon corps ; je pense ensuite qu’il se met effectivement à crier. J’ai l’image de ma main sur un visage».
L’avocat de la défense tente d’aider sa cliente : «La seule question qui vaille dans ce procès madame, c’est “pourquoi” – alors, dites-nous : pourquoi ?»
Silence de VC qui finit par dire : «Je n’ai pas de réponse qui soit en adéquation avec la gravité des faits. Ce que je sais, c’est que ces grossesses n’ont pas été à l’image de celles de Jules et Nicolas à qui je parlais et que je sentais bouger. Je me dis aussi aujourd’hui que si j’avais su parler et me confier à l’époque, rien de tout cela ne serait jamais arrivé».
L’avocat plaide. Tuer un enfant est un tabou et doit le rester. Il dit que ce qu'a fait sa cliente est certes horrible mais qu'elle est tout sauf un «monstre ». Il met en perspective les expertises psychiatriques, en éclaire les contradictions, se moque du jargon. Il écarte l'hypothèse de la perversité. Il demande aux jurés non pas «l'impossible» mais «l'impensable». Faire en sorte que VC rentre chez elle après avoir accepté le principe de l'injonction thérapeutique et avoir reconnu la monstruosité de ses gestes.
Au terme de la plaidoirie, le président demande à l'accusée si elle veut ajouter quelque chose pour se défendre. VC se lève. «Oui... J'ai essayé de m'expliquer... Je n'ai sans doute pas toujours eu les mots... à la hauteur. J'ai conscience d'avoir tué nos enfants... Cela me restera tout le temps».
Le tribunal n’a pas retenu la préméditation et a condamné VC à 8 ans de prison : elle devrait donc rentrer chez elle dans 18 mois.
Ce verdict permet de proposer des réponses aux questions que pose ce procès :
- A-t-on estimé qu'il y ait eu «déni de grossesse»? Oui
- A-t-on estimé que VC ait eu conscience de ses actes ? Non
- Existerait-il une pathologie psychologique qui associerait déni de grossesse et infanticide ? Oui
- Ce diagnostic ferait-il disparaître la notion de «préméditation»? Oui
- Pourquoi «dénier», tuer et congeler ce qui deviendra alors immanquablement des «pièces à conviction»? Parce que les enfants étaient une partie d’elle, et peut-être parce que la culpabilité était sous-jacente, et qu’il lui faudrait un jour assumer les actes.